
Pierre Loranc
On pourrait m’objecter qu’il n’y a rien d’original dans le récit d’une histoire d’amour. Pourtant ce thème classique peut revêtir ce caractère neuf et inattendu lorsqu’il est question d’un personnage tel celui d’Alain – les relations «gays» n’étant le plus souvent abordées dans les romans que par le biais de la sexualité. Il est vrai que les grands sentiments ne se portant plus en écharpe et la passion étant - on le prétend - devenue chose rare, les quelques auteurs se risquant sur ce thème craindraient sans doute d’être peu crédibles. Pourtant, quitte à paraître doublement décalés, il n’y aura plus demain, peut-être, que les gays pour songer à se marier.
Mais pour en revenir au personnage central de "À cœur perdu", Alain, sa solitude est précisément celle de l’amour. Toute son existence se résume à ce sentiment qui lui fournit matière, à lui seul, à faire son bonheur, avec ou sans la participation de celui qu’il aime, qu’il a aimé et qu’il aimera sa vie durant. «L’amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires, ou plutôt la seule » écrivait Stendhal. Cette confession, Alain pourrait très bien la reprendre à son compte ainsi que les héros des romans que je prépare.
Quant à la facture de mon roman, inspirée des classiques, je ne peux la concevoir que sous cette forme littéraire, au risque de me situer à contre-courant de l’époque et de son mouvement, qui semble par ailleurs avoir pour règle ce Je narratif avec lequel j’ai besoin personnellement de prendre mes distances pour créer mes personnages de fiction.