Rencontre avec... CHO Hye-Geun

1. Pouvez-vous nous présenter votre livre ?

Mon livre parle du choc culturel en matière d’amour et de sexe. L’histoire raconte comment une femme née dans un pays de l’Extrême-Orient dans lequel elle a reçu une éducation considérablement différente, s’adapte à la société française dans laquelle la diversité la conduit à de perpétuelles confusions.

Les points de vue alternent entre « je », pour décrire ses souvenirs, ses états d’âme, à chacune des rencontres avec des hommes, et « elle », pour raconter l’histoire vécue par cette femme à un ami. Chaque chapitre, portant un prénom ou un lieu comme titre, peut être lu de façon indépendante, mais la chronologie joue un élément crucial pour comprendre l’évolution de cette femme asiatique, qui va presque jusqu’à acquérir la mentalité « occidentale » ou « française ».

Certains lecteurs se demanderont sûrement si ce livre entre dans la catégorie « autobiographie ». Je ne peux pas l’affirmer de manière tranchée, car chaque chapitre contient une part de vécue et d’imagination avec un degré très variant selon les chapitres. Certains sont quasi-vécus, d’autres du quasi-imaginatifs, et d’autres encore sont un équilibre… Tout ce que je peux dire, c’est que les personnages sont tirés du réel.

2. Quelles sont vos sources d’inspirations ?

Mon rêve, mon imagination, et les hommes. Il y a également mon entourage, et une amie très particulière avec qui je peux parler de ma vie intime et vice versa…

3. Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Je ne peux pas désigner un seul livre. C’est plutôt l’ensemble des livres que j’ai lu durant ma jeunesse. J’avais longtemps oublié cette envie d’écrire, que j’ai pourtant pensé être mon destin à l’époque. Je lis beaucoup de nouveau, désormais en Français. Duras, Lévy, Nothombe, Weber… tous ces auteurs me donnent envie. Mais, ce qui est sûr, c’est qu’au seuil de mes cinquante ans, j’ai voulu faire un trait sur ma vie. Voilà ce qui m’a poussé !

4. Si vous deviez vous décrire en trois mots, quels seraient-ils ?

Franche, rêveuse, déterminée.

5. Quelle est votre citation favorite ?

« Si vous ne lisez pas chaque jour, les épines se hérissent dans la bouche ». C’est le dicton qui vient du recueil coréen de la veille sagesse nommé « Trésor qui éclaire le cœur ». Cela signifie qu’on peut facilement sortir des mots blessants à l’autrui si on ne lit pas, alors il faut lire chaque jour pour s’auto-discipliner.

6. Quel est votre mot préféré ?

Tolérance, l’esprit de la France que j’estime beaucoup. Ma compatriote qui a beaucoup de curiosité pour le pays où je vis me demande souvent comment se définit la France. Je sors ce mot illico presto, sans hésitation. Les Coréens pensent alors tout de suite à un mot coréen approximatif dit « Jeong », une sorte de générosité, mot qui renvoie à un approchement humain. Mais je me constate que, d’après mes vingt six ans de vie en France, la tolérance est non seulement humaine, mais aussi institutionnelle. Citons un exemple de cas institutionnel : la priorité à droite en France, en comparaison avec la Corée qui donne la priorité aux voitures qui vont tout droit. Cette priorité française, je la considère comme une sorte de tolérance institutionnelle, il faut céder aux faibles, à ces voitures qui sortent à ma droite. C’est excellent, et j’adore ce mot.

7. Quel est votre rituel d’écriture ?

J’utilise souvent un petit carnet pour écrire les choses importantes. Ce carnet m’avait beaucoup aidé lors de l’écriture de mon livre, surtout lorsque j’avais besoin de chercher la chronologie.

8. Le livre que vous auriez aimé écrire ?

« Un barrage contre pacifique ». J’aime Marguerite Duras. Si Marc Lévy m’avait fait pleurer (« Si c’était vrai »), Amélie Nothomb (« Stupeur et tremblements », « Ni d’Eve ni d’Adam ») m’avait fait rire. Marguerite Duras, quant à elle, m’avait fait rire et pleurer en même temps dans ce livre. Je retrouve la beauté de la langue française dans les livres Duras. J’aimerais être capable d’en faire autant, dans ma langue maternelle.

9. Stylo ou clavier ?

Clavier comme beaucoup de gens de nos jours, je suppose. Les carnets sur lesquels j’ai gribouillé de temps en temps m’aident aussi. Mais écrire avec stylo sans trop gâcher les papiers serait pour moi une grande joie, même si je pense que je suis loin d’en être capable.

10. Le mot de la fin ?

À toute personne qui a lu mon livre, je pose un quiz : selon vous quel est le chapitre le plus imaginatif ? Merci d’envoyer votre réponse à l’adresse suivante : diffusion@editions-pantheon.fr