Thème : LETTRES

Les mémoires apocryphes de Courtilz de Sandras

Qu’ils mettent en avant une figure historique ou un personnage fictif, les Mémoires de Courtilz de Sandras, publiés entre 1687 et 1758, marquent l’essor d’une forme romanesque fondée sur le simulacre de l’écriture mémorialiste.

Si ces textes empruntent l’aspect de mémoires, leur origine fictive, qui justifie le qualificatif d’apocryphes, n’a pas empêché les critiques des XVIIe et XVIIIe siècles de déceler derrière les auteurs supposés la présence d’un romancier anonyme. Entre illusion et vérité, ces récits mêlent véracité biographique, exactitude historique et invention romanesque : à la lumière du pacte tacite qui s’établit entre l’auteur et le lecteur, unis dans une conscience commune du simulacre, ils nous invitent à redéfinir les notions d’authenticité et de fiction.

La narration à la première personne autorise en outre un effet de brouillage dont l’analyse révèle la pluralité des discours mis en œuvre par Courtilz : à la voix du mémorialiste fictif se superpose – et souvent s’oppose – celle du romancier, qui, à travers les faits du récit, formule en filigrane un discours satirique sur le monde, incompatible avec celui des personnages. Véritable instrument polémique, la rencontre de ces discours contradictoires participe d’un univers romanesque pessimiste où transparaît l’échec existentiel des héros.

Fascinée dès son enfance par le Moyen Âge et le XVIIe siècle, Carole Atem se prend très vite de passion pour l’univers romanesque d’Alexandre Dumas. Adolescente, la jeune lectrice n’aura de cesse d’enquêter sur la genèse de ses œuvres de prédilection : c’est ainsi qu’elle découvre le mystérieux Courtilz de Sandras, ancien capitaine de cavalerie et auteur prolixe du Grand Siècle, dont Dumas s’est directement inspiré pour composer sa trilogie des Mousquetaires. Jeune professeur de lettres, elle décide de consacrer sa thèse de doctorat à cet écrivain clandestin de l’âge classique, dont les mémoires apocryphes ont marqué un tournant dans l’histoire des formes romanesques et de la fiction à la première personne.