Rencontre avec... Dominique Everaert

1. Pouvez-vous nous présenter votre livre ?

Dunkerque-Hollywood est un roman qui part d’un événement contemporain, le tournage du film Dunkerque de Christopher Nolan, pour replonger dans une histoire plus ancienne et plus intime : celle d’une famille marquée par la guerre et par ses silences. J’y croise mémoire individuelle et histoire collective, à travers plusieurs regards et plusieurs générations. C’est un livre sur la transmission, les blessures du passé, mais aussi sur la possibilité de mieux comprendre ce qui nous construit. C’est enfin un roman porté par l’espoir : malgré les ombres du passé, une seconde chance reste possible, et de cette mémoire douloureuse peut encore naître une lumière… pourquoi pas celle du cinéma ?

2. Quel message voulez-vous transmettre au lecteur ?

Dans Dunkerque-Hollywood, j’ai voulu montrer comment l’irruption du cinéma peut réveiller des émotions que l’on croyait enfouies. Le livre raconte ce moment où la vie ordinaire se suspend et laisse remonter l’inattendu, mais aussi les fantômes du passé.

Ce que je souhaite transmettre, c’est que chacun porte en lui un lieu, une mémoire, une vibration. Il suffit parfois d’un tournage, d’une image, d’un visage, d’un souffle partagé pour que tout se rééclaire. Rien n’est anodin : ni une plage, ni une ville, ni un enfant qui grandit, ni ces instants où l’on se découvre pleinement humain. Le passé n’est pas seulement une mémoire, il est aussi une clé.

J’ai voulu embarquer le lecteur dans un carnaval joyeux, pour qu’il ressente la fierté d’une ville qui est soudain regardée en « grand angle », l’enthousiasme suscité par le débarquement de « ceux d’Hollywood » et la manière dont certaines sensations reviennent, presque viscérales. Mais parce que tout lieu a aussi son envers, j’ai tenu à rappeler la part sombre de la guerre et le sort des combattants lors de l’opération Dynamo. Et en optimiste résolue, je termine sur une note d’espoir : une seconde chance peut toujours surgir.

3. Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Mes sources d’inspiration sont multiples : les lectures dont on garde toujours quelque chose, le cinéma qui participe à l’imaginaire, l’observation de la nature et des gens. J’écris avec un regard « très visuel », parfois aussi « musical », nourri ici par les paysages du littoral, les gestes ordinaires et les sensations laissées par des moments particuliers ou de simples souvenirs d’enfance. Dans ma démarche, tout n’est pas contrôlé. Une part instinctive intervient aussi : capter une émotion, une lumière, un geste. Le tournage de Dunkerque a ravivé des sensations mêlées qui se sont transformées en récit.

4. Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Sur un plan romanesque, il m’est difficile de n’en citer qu’un, car plusieurs livres m’accompagnent et je m’y replonge régulièrement, parfois pour la lecture d’un seul passage. Si je dois forcément en choisir un, ce serait La Maison dans la dune de Maxence Van der Meersch. Profondément humain, ce roman m’a montré également comment un paysage, une atmosphère, un territoire peuvent devenir des forces narratives à part entière. Une idée qui traverse aussi Dunkerque-Hollywood.

5. Si vous deviez vous décrire en trois mots, quels seraient-ils ?

Attentive

Pour l’attention portée aux nuances, aux détails, aux mouvements du réel, aux palpitations du cœur…

Humaniste

Pour un regard centré sur l’humain et ses trajectoires, ses territoires, ses mémoires…

Passionnée

Pour l’énergie vive qui rend l’exigence jamais froide et porte un engagement constant dans chaque projet entrepris.

6. Quelle est votre citation favorite ?

Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous.

7. Quel est votre rituel d’écriture ?

Le plus souvent, j’écris tôt le matin. J’aime ce moment suspendu, encore silencieux, où un café brûlant et une feuille de papier suffisent. Le crayon ouvre la voie : les idées arrivent d’un bloc, le rythme se pose presque d’un seul geste. L’ordinateur n’intervient qu’après, pour mettre au clair, affiner, reprendre. Cette première phase est instinctive ; la suivante peut être longue, patiente, presque artisanale.

8. Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?

Je travaille aujourd’hui sur deux directions sans avoir encore tranché. Il y a d’abord un jeu de correspondances anciennes qui ouvre un espace intime où mémoire et récit se répondent. J’ai envie d’y entrer doucement, de voir ce que ces voix peuvent encore raconter, de les ancrer dans un terroir ou de les confronter à une vision plus actuelle. En parallèle, je réfléchis à un projet plus connecté à notre époque, autour d’un moment de rupture ou d’évasion : ce point où quelque chose cède, où l’on quitte un carcan, où une bascule s’opère. Ces deux pistes (l’héritage et le mouvement, le passé et l’instant où tout change) nourrissent mes envies d’écriture du moment.

9. Comment s’est fait le choix de votre maison d’édition ?

J’ai voulu faire entrer mon grand-père… au Panthéon.

10. Le mot de la fin ?

Une devise : « Dunkerque et liberté ».