« – C’est curieux comme le mal peut parfois prendre l’apparence du beau !
Ces épais murs en béton armé, certes attisés ce soir-là par les reflets de la lune, avaient, je le sais, pris alors pour lui la forme d’un avertissement, le signe que les temps de guerre n’étaient sans doute pas si loin et que les multiples fractures qui éclataient un peu partout dans le monde annonçaient un possible retour à la barbarie. »
Photographe de mode au sommet de son art, Martin pensait maîtriser son destin : travailler pour les meilleurs, enchaîner shootings et expositions, … laisser un nom.
L’achat d’un blockhaus en Bretagne, les retrouvailles avec un ancien flirt, bousculent ses certitudes.
La découverte d’un dessin dans les murs du blockhaus achève d’ouvrir la brèche. Ce qu’il croyait être un simple vestige devient un miroir déformant, une plongée dans l’histoire silencieuse du lieu, une anamorphose du passé. Son art, ses choix, son regard même se trouvent remis en question.
L’art peut-il vraiment rendre le monde meilleur ?
Avec « Anamorphose », Bertrand François Richard propose un roman où l’intime croise les failles de l’Histoire, et où l’art redonne forme à ce qui semblait perdu. Du Croisic à Berlin, en passant par l’épisode de la Poche de Saint-Nazaire, son récit mêle enquête et histoire d’amour.
« Anamorphose » est le second roman de Bertrand François Richard, après « Un Amour contemporain » paru en 2014.
« Anamorphose » est un roman ambitieux qui interroge la place de l'art et de la mémoire dans un monde en mutation. Bertrand François Richard réussit à tisser une intrigue captivante, tout en offrant une réflexion profonde sur les liens entre passé et présent.
Après un Amour contemporain, découvert en 2024, Anamorphose me semble franchir une vraie étape: j’ai trouvé l’écriture plus fluide, plus accessible pour moi, tout en restant travaillée et exigeante. J’ai eu la sensation d’entrer plus facilement dans le texte, et de me sentir porté du début à la fin.
Comme le menu d’un grand chef étoilé, ce roman ose un mélange d’ingrédients qui, étonnamment, s’accordent à merveille. D’un côté, une relecture habitée de l’histoire du XXe siècle: première guerre mondiale, montée du national-socialisme en mars 1933, échos avec le populisme actuel, seconde guerre mondiale et mutation anxieuse vers le XXIe siècle. De l’autre, une réflexion profonde sur la place de la photographie dans un monde traversé par la violence: le photographe veut croire que l’image peut, sinon réparer, du moins corriger un peu l’innaceptable, et cette ambition est amenée avec beaucoup de finesse.
Le décors géographique fait aussi beaucoup pour mon attachement à ce livre: la Bretagne, Batz, le marais de Guérande, le port de Saint Nazaire et ses paquebots, composent un cadre très vivant, que l’on sent familier à l’auteur. On s’attache d’emblée aux personnage et à leurs liens à cet entrelacs de relations amoureuses qui donne au roman une dimension intime et sensible, en contraste avec la dureté de certaines page historique.
Enfin, le suspens est remarquablement tenu. l’énigme autour du blockhaus et du dessin découvert dans ses murs apporte un vrai côté thriller, qui rend la lecture difficile à interrompre. Pour moi, Anamorphose est un roman ambitieux, généreux, à la croisée du récit historique, du roman d’amour et de la réflexion sur l’art. Un livre qui méritera d’être connu et exposé.