Thème : Romans

Les angoisses de ma jeunesse

« Le soir venu, après un frugal repas pris en hâte, la mère d’Albert ferma un à un les volets de la maison familiale comme pour un soir ordinaire et laissa une lumière allumée qui symbolisait l’âme de la famille, dans le hall d’entrée. Le père réunit tout le groupe, dit tout haut une prière d’adieu et fit signe que l’heure du départ était arrivée. »

Dans ce second opus de l’histoire de Jean, celui-ci voit son désir de vengeance vis-à-vis de son père s’effacer peu à peu pour faire place aux regrets : celui d’avoir quitté son Algérie natale, celui de voir la séparation entre son pays et la France devenir abysse, malgré une intégration possible… Enfin, le regret amer de constater le déni des événements dans lequel vivent les générations actuelles, un aveuglement qui entraîne des aberrances sociales et historiques sans précédent.

La valse des fragments

« Chères lectrices, Chers lecteurs, la mer n’en finira pas de nous bercer ;  ouvrons la porte sur la plage ! Ça partira dans tous les sens, on lira, on ne lira pas, là où l’on veut, il n’y a pas de direction, en bas en haut, en haut en bas, à gauche à droite, à droite à gauche.
Dans tous les sens, dans n’importe quel sens, peu importe le lieu, il importe de lire, dansons ! C’est une valse ! »

Une valse à tant de temps qu’on ne les compte plus. Dans ce septième opus, Jean-Joël Lemarchand nous entraîne à sa suite dans cette danse endiablée, faite de morceaux d’émotions, de chair, de tout. Les mots donnent le ton, la cadence et le rythme dans chacun de ces micro-récits qui forment un ensemble et célèbrent la mélodie de la prose en se glissant dans la peau d’une foule de protagonistes hauts en couleurs.
Originaire de Granville dans la Manche, anciennement élu en région parisienne, Jean-Joël Lemarchand voue aux mots une passion indéfectible. Retrouvons ici le mordant de sa plume si singulière.

La queue du lézard

« Il lui fallait toujours être impeccable, forte de ses compétences, susciter l’admiration, recevoir des compliments. Un besoin de reconnaissance chevillé au corps, porteur de tous les dépassements et responsable de toutes les détresses. Bientôt, elle pourrait faire taire cet impitoyable juge intérieur en arrêtant de se fixer des objectifs trop élevés. En limitant les «  il faut  » et les «  je dois  ». Bientôt, elle pourrait lâcher prise, enfin ! »

Avec «  La queue du lézard », Muriel Batave-Matton nous livre le septième opus d’une fresque humaine orchestrée de main de maître. On y retrouvera d’un côté Anne, sur le point de prendre sa retraite, et de l’autre Mathieu et Pauline, qui se questionnent sur le déroulement de leur futur. Quel est le rôle de la transmission, dans ces relations ? On observera à travers ces personnages aux émotions bien réelles, ciselées avec finesse, un cycle sans cesse renouvelé, celui de la vie humaine qui se prolonge à l’infini, déjouant la mort, au propre comme au figuré.
Muriel Batave-Matton reste fidèle aux auteurs réalistes du XIXème siècle qui ont baigné sa jeunesse et ses études littéraires. Analyste éclairée de ses semblables, elle excelle à traduire les sentiments de ses personnages avec lucidité et pertinence. Son écriture rythmée nous emporte dans son élan, de la première à la dernière page.

Mathilde

« Et voilà, Éros, l’observant du haut de son nuage, venait de lui envoyer une flèche en plein cœur et la passion se réveilla telle une tornade. Elle prit naissance en tourbillonnant, se gonfla, s’éleva, créant une énergie dévorante et incontrôlable qui vous parcourt de bas en haut, ne laissant aucune possibilité à votre conscience d’analyser la situation. Elle le posséda, le dirigea, imposant ses propres lois, comme le vent qui s’engouffre dans la voile d’un bateau sans skipper : Hyppolite venait de tomber amoureux. »

Passé, présent, avenir : notre vie triptyque. Le passé est intouchable, nous en sommes les spectateurs. Restent le présent et l’avenir. Mathilde en est pleinement consciente et décide un beau matin de prendre la responsabilité de son existence. Son impulsion l’enracinera dans des jours nouveaux, riches en relations inédites.

L’erreur de Sarah

« Sarah aimait bien Fabrice, depuis leur plus tendre enfance. Elle l’aimait tant qu’elle ne voulait jamais se séparer de lui. Fabrice aussi l’admirait, avec un amour plus réservé.
Cependant, ils avaient tous deux peur de se révéler leur vraie intention.
Au fil du temps, la vérité commençait à transparaître. Sarah tombait follement amoureuse de Fabrice. »

Sarah, une lycéenne, rêve d’épouser Fabrice, son ami d’enfance. Mais dans leur village de Guéyo, en Côte d’Ivoire, les avis sont partagés. Les uns l’encouragent à poursuivre ses études, sans entraver l’union tant attendue, tandis que les autres considèrent que l’éducation corrompra cette jeune fille « civilisée ». Sarah croit trouver une échappatoire en fuyant vers la ville mais c’est pour y découvrir une réalité peu glorieuse. Son retour à Guéyo sera le début d’une nouvelle ère pour les femmes modernes…
Comment concilier émancipation féminine et coutume ? Pacôme G. Sénoutché propose dans ce roman la mise en situation et la résolution de ce dilemme de bien des jeunes femmes dans le monde.

La race des seniors

« – L’objectif est le suivant : se faire entendre pour que nous puissions être maîtres de notre destin et ce même si nous tirons nos dernières cartouches, alors que nous avons tous plus de 70 ans et que tout le monde nous prend pour des gâteux ralentis.
– Eh bien oui, nous sommes ralentis, surenchérit Jacques, mais nous avons l’expérience, le nombre et la disponibilité… Tu vas voir ralenti ! Nous sommes tous à moitié insomniaques, ce qui nous donne encore plus de temps pour mettre en place nos projets Tu vas voir ce que ce que c’est que d’être ralenti ! »

« Ce n’est pas parce que l’on a un pied dans la tombe qu’on doit se laisser marcher sur l’autre ». Ainsi s’ouvre ce roman ; le ton est donné : pugnace.
Un groupe d’amis ayant tous allégrement dépassé l’âge pivot réunissent leurs forces et leurs envies pour échapper au consumérisme et au tout-jetable, ce dernier incluant les personnes dites d’âge mûr.
Leurs enfants puis le gouvernement en place ne faisant pas cas de leurs revendications, niant leur existence, ils créent un parti politique symbole de leur capacité à vivre ensemble, de façon autonome. La guerre des générations est une réalité, alors autant prendre le taureau par les cornes…
Fiction ancrée dans une réalité ô combien actuelle, « La race des seniors » scande que la vie est belle à tout âge.

Les belles nuits

« Comme je vous le disais, je vois beaucoup de monde. Énormément de monde, même. Avec le temps, j’ai appris beaucoup sur l’humain, rien qu’en l’observant de l’extérieur. Car nous sommes toujours bien plus naturels lorsque nous sommes persuadés que personne ne nous regarde. Et qui pourrait penser que moi, la petite brune qui mendie, je vous vois tous ? »

Julia mène une existence précaire dans les rues italiennes où elle évolue librement, loin de sa France natale. Au détour d’un événement périlleux, elle vient à se rapprocher d’un homme qui la fait rêver depuis longtemps… mais dont les sphères semblent bien éloignées des siennes. Une relation tissée de mensonges et de faux-semblants prend forme sous nos yeux et ceux de l’héroïne qui, impuissante face à ses propres choix, perd lentement pied dans toutes ces réalités contrefaites.

L’homme providentiel

« D’aussi loin qu’il se souvienne, les gens l’ont toujours intéressé, il aime les observer, les écouter, au-delà des paroles, dans leurs gestes, leurs attitudes, leurs vibrations, leurs regards.
De ce langage verbal et non verbal, il déduit des sensations de bien-être, de mal-être, de maladie, de soucis qui, à sa grande surprise, se confirment lors des semaines, des mois à venir.
En un premier temps, il attribue cette aptitude à une forte intuition, sans se douter qu’il possède un don de clairvoyance. »

Marc a besoin de savoir qui il est vraiment. Il décide de partir, seul, sur les chemins de Compostelle.
Porté par une foi inébranlable, il se confronte à lui-même dans une nature bénéfique, se découvrant des ressources intimes, insoupçonnées. Grâce aux rencontres faites au long de son périple, son regard change, mute, s’enrichit au contact de l’humain. Une prise de conscience de sa force intérieure et de ses dons d’humanité qui vont changer le cours de sa vie.

Libraire malgré lui

« Il a passé la journée à pleurer sur son sort. Entre canapé et balcon. Une journée à s’interroger, à tout mélanger, à râler. Et ses pas, ce soir, le ramènent à la librairie. Il est plus de dix-neuf heures, mais les lumières de la devanture trouent la nuit. Et derrière la vitrine, les yeux verts. Elle est là, qui range, qui nettoie, qui s’affaire. Elle ne l’a pas remarqué, dans la rue, alors il en profite pour la regarder, tranquillement, longuement. »

Ce que David aime ? Faire du vélo, regarder le foot… et rien d’autre. Alors imaginez l’encombrant fardeau lorsque, bien malgré lui, il hérite d’une librairie ! Il lui faut la vendre au plus vite, pour reprendre le cours de son existence. Et tant pis s’il doit mettre tout le monde à la porte, y compris la belle libraire aux yeux verts… Sa vie devient un roman tout en rebondissements, auquel il espère bien mettre un terme rapidement.

Basta

« La vie de l’immigrant diffère de celle des résidents du pays d’accueil, car à son arrivée, il affronte un mode de vie différent à tous les points de vue de celui de son pays d’origine.
L’immigrant se trouve dans le besoin continuel de faire la comparaison entre les coutumes et les traditions pratiquées dans son pays d’origine et celles du pays qui l’a adopté. (…) Il doit faire des compromis et adopter ce qui lui convient le mieux pour vivre en équilibre avec ses nouveaux compatriotes.»

Petit-fils d’immigrés libanais, originaires de l’arrondissement de Basta, à Beyrouth Ouest, et installés au Canada durant la guerre civile, Labib est très proche de ses grands-parents avec lesquels il discute souvent. Au cœur de leurs conversations revient, tel un leitmotiv, la question de l’adaptation du nouvel arrivant dans son pays d’accueil. Quelles traditions conserver et quelles autres laisser derrière soi ? Première et troisième génération ont chacune leur mot à dire.

Les angoisses de ma jeunesse

« Les larmes ont rempli ses yeux lorsque, à réception du courrier adressé par le laboratoire à son ex-épouse, celui-ci mentionnait que le spermogramme réalisé ne comportait aucune trace.
C’était en 1967, un an après son mariage et alors que son ex-épouse ne présentait aucun signe de grossesse (…) »

Sur un fond évoquant les affres de l’indépendance de l’Algérie et leurs conséquences sur les familles pieds-noirs, le lecteur découvrira l’histoire de Jean. Torturé par sa stérilité, il cherche à en découvrir l’origine et s’interroge : l’un de ses parents est-il le responsable de son malheur. Mais son père ou sa mère sont-ils bien les coupables ?
Plongeant en lui-même, Jean explore son passé et ses turbulences d’enfant, en quête de sa vérité.

La main sur le corps

« Quand elles se sont vues la première fois, leurs regards ont fait des étincelles comme des lucioles dans la nuit et même des éclairs, des décharges électriques. Elles ne savent pas encore ce qui les attend, mais elles le pressentent : une amitié totale et réciproque, sans doute scandaleuse, un rejet des autres, une incompréhension de la famille, une singularité lourde à porter, un insupportable silence, une déchirure assurée et des souvenirs de cristal, de ceux qui se brisent net, irréparables. »

Deux adolescentes, fières et attachantes représentantes des sixties, éprouvent dès leur rencontre un attrait irrépressible l’une pour l’autre. Bravade, rejet dépité des garçons ou appel de la nature imprévisible ? Amitié, admiration, amour ambigu se mêlent dans les yeux, les mains et les cœurs de ces jeunes filles, elles qui cherchent leur place dans un monde qu’elles arpentent et affrontent de concert, et qui fait tout pour les séparer.
Devenues adultes, les deux anciennes amies se retrouvent par hasard, bouleversées, et évoquent leurs parcours si opposés. Elles s’interrogent sur leur passé, leur résilience, leurs blessures, la destinée…
À quel moment se sont-elles fourvoyées ? Question existentielle, lancinante et vaine, quasi métaphysique qui taraude plus ou moins consciemment les personnages puisque jamais on ne retourne en arrière.

Pouvoir magique de la musique

« Je suis bien obligée de le reconnaître, je l’aime comme jamais je n’ai aimé. Demain dimanche, une randonnée avec mon club, le Babirandonneur, nous amènera sur les hauteurs d’Isola, j’en profiterai alors pour me confier à mes amies et leur faire partager mon bonheur. Qu’il sera agréable de marcher sur les sentiers de montagne, de traverser des forêts de hêtres, de sapins, de mélèzes, d’admirer les fleurs, les paysages verdoyants, de respirer un air parfumé de mille senteurs, de boire l’eau fraîche des sources, de faire travailler muscles et poumons, de partager ces mêmes plaisirs sains avec de sympathiques amis randonneurs ! »

Térésa, jeune et belle randonneuse passionnée par l’arrière-pays niçois dont elle connaît les moindres recoins, est un cœur à prendre. Elle rencontre Philippe, marié mais ô combien séduisant… puis croise le chemin d’Alex, fringant doctorant en pharmacie.
Comment la jeune femme va-t-elle résoudre son dilemme amoureux ? Une plongée vertigineuse à la découverte des ressorts de l’âme féminine, bercée par les accents déchirants d’Yseult mourante.

Et ce fut « l’opportunité » d’un exil…

« Il découvrait ainsi la capitale avec ses premières images qui lui rappelèrent le discours de son père. Ce passionné d’histoire et de géographie qui disait en effet refuser ce que représentait cette ville, à savoir qu’elle centralisait le pouvoir aux dépens d’un particularisme local. Cette réflexion faisait écho chez lui qui arrivait en n’ayant que son « insularité » en échange. »

Fulgence, qui a grandi à la périphérie de Pointe-à-Pitre, embarque au début des années soixante avec ceux qu’ils désignent comme les « exilés économiques ». Il se défend de faire partie de cette main-d’œuvre, lui qui part s’ouvrir les portes de la connaissance de l’autre côté…
Lors de son parcours personnel et professionnel, il questionnera la politique d’État mise en place à l’égard des populations d’outre-mer.
Quels cheminements individuels se sont dessinés pour ces ressortissants au fil des décennies, comment en parler aujourd’hui et quoi en dire ?
Travailleur social, formé également à la psychologie, à l’anthropologie et à l’art-thérapie, Victor Gilbert Faraux cultive en parallèle sa pratique des arts plastiques. Il est l’auteur de « Chronique insulaire » (Éditions du Panthéon, 2019).

Otages

«S’il subsiste toujours parmi nous quelques convictions religieuses, la mienne pourrait se réduire clairement à cela : l’abjection perpétuelle de l’acte. Et toute mon histoire débute à partir de ce principe-là. Je dirais même qu’elle ne peut exister sans lui. Je veux vous inviter à comprendre ce que peut être le calvaire d’un homme « normal » ; ou, plus simplement, ce que peut être le calvaire de vivre.»

« À quel moment, dans la conscience collective, l’acte a-t-il pris le pouvoir et vaincu le nihilisme ? ».
Voilà l’unique question qui se poserait à l’homme s’il avait le courage de l’affronter. Présenté sous la forme gourmande d’un menu italien, cet ouvrage laisse exprimer les colères de plusieurs personnages, leurs angoisses et leurs faiblesses devant le silence du monde et le vacarme de nos congénères.
La table est dressée, les plats sont servis. Laissons-nous bercer par leur arôme doux-amer, et picorons ces pages au gré de nos appétits.

L’inanité de l’agitation humaine est griffée à la pointe sèche dans ce roman, collage de pensées, de poèmes et des voix entêtantes de ceux qui souffrent. Ondoyant, il nous dit l’altération que nous subissons tous, victimes consentantes de nos aveuglements.

La méprise de la confiance

« Elle serra cette main, une main ferme et douce à la fois et… quelque chose se figea dans leur geste et leur regard… ses yeux verts comme l’herbe des prairies et sa voix… douce comme le chant des oiseaux à la fin de l’été… sa grand-mère lui disait : « Lorsqu’on a un coup de foudre, on a l’impression de flotter à côté de soi ! » »

Anne, jeune retraitée, trouve la ferme de ses rêves dans un tranquille hameau du Cantal. Accueillie avec chaleur dans le quotidien de ses habitants, elle y trouve sa place et même l’amour, qu’elle pensait ne plus connaître, en la personne de Jean. Mais cette apparente sérénité idyllique s’avère trompeuse : crises, jalousies, drames… la vie joue parfois des tours cruels à qui recherche un bonheur simple.

Et si le meilleur était ailleurs…

« Il éprouve la peur de ne pas être aimé, de ne plus être loyal vis-à-vis de sa famille qui le connaît autrement. Mais s’il reste loyal avec celle-ci, il ne l’est pas avec lui-même. Être dans une conformité permet d’épargner les autres mais peut conduire à l’oubli de soi. »

Jérôme remet toute sa vie en question après un burn-out. A-t-il fait les bons choix ? Ne s’est-il pas oublié sur les chemins de la réussite ?

Pour reprendre contact avec sa part d’humanité et tenter de venir en aide aux autres, il se lance dans un projet de permaculture. Un défi ambitieux où se côtoient des êtres fracassés par le sort.

Le Clos – La démesure

« Quand après de nombreuses péripéties, la propriété fut mise en vente pour une bouchée de pain, une grosse bouchée pour moi, je me suis porté acquéreur. Heureusement pour moi, l’un des nombreux rêveurs m’ayant précédé sur cette période avait transformé quatre des dortoirs en trois suites et six chambres, véritablement luxueuses, avant de s’enfuir, poursuivi par les huissiers qui lui aboyaient aux fesses.
Entre quelques travaux supplémentaires d’aménagement, les taxes foncières et le flair aiguisé des huissiers, je me répétais que je pourrais bien passer du « Clos » à la « Cabane ». »

Renaud Fréville acquiert le Clos, l’orphelinat où il a passé sa jeunesse, pour le transformer en luxueuses chambres d’hôtes. Le projet inquiète et contrarie son entourage, suscite les jalousies. Bousculés par l’urgence et la pression sociale, notre homme et Julie, sa femme, tentent de rendre leur avenir brillant quand, de nulle part, réapparaît Monica, l’amour d’enfance de Renaud. Est-ce le signe que, décidément, tout doit changer dans la vie de Renaud ?
Roman foisonnant, « Le Clos – La démesure » invite à suivre les péripéties qui troublent le bel ordonnancement d’une vie. L’auteur orchestre avec jubilation la salve d’évènements qui mettent à mal les certitudes de son quadragénaire de héros.

Elle habitait à Sandwich

« Non, ceux qui sont partis n’ont pas de facto réussi.
Pourquoi tu ne nous as pas dit, ma belle société :
Que tes émigrés s’éprouvent dans leur propre déchirement et se trouvent parfois dans des conditions minables ?
Qu’ils goûtent tous les jours à la saveur de la séparation ?
Qu’ils ne sont pas en absolu des chanceux ?
Et que même s’ils se sont éloignés des risques qui les guettent à chaque instant, et que même s’ils croient avoir sauvé leur peau et celle de leurs enfants, ils ont parfois des cadavres dans leurs placards ?

Thérèse, Franco-Libanaise vivant à Sandwich, Midwest, a claqué la porte sans se retourner. À trente-sept ans, elle se questionne sur les raisons de son émigration et se demande si elle a fait les bons choix en suivant son mari aux États-Unis, dix ans auparavant. Cet exil, la fondation de sa famille et l’établissement de la réussite de son époux ont longtemps occupé son esprit… Aujourd’hui étreinte par une indicible nostalgie, elle remet tout en question, pour le meilleur ou pour le pire.

Le condamné

« Avec mon effondrement judiciaire, j’ai appris à hiérarchiser les coups durs. Ainsi, la perte de mon travail arrivait seulement en troisième position dans l’échelle de gravité de mes peines, derrière la prison et le divorce. Même le dégoût se banalise. J’accusais réception des mauvaises nouvelles, mais ma désocialisation me rendait insensible. »

Accusé du pire des crimes, reconnu coupable et condamné à la perpétuité incompressible, il purge sa peine, de longues années, avant d’être libéré en un coup de théâtre dont la société a le secret. Innocenté par la science mais encore à la marge, il fait ses premiers pas d’homme libre.
Alors qu’on lui parle de « malheureuse méprise », qu’on lui demande de ne pas faire de vagues, il rêve de voir l’effroi dans les yeux de ceux qui l’ont unanimement rejeté : épouse, parents, amis. Reprendre le cours d’une vie brisée, retrouver l’amour, le narrateur ouvre la porte d’un nouveau monde, celui de la résilience sans oubli.
Récit à la première personne, construit en courts chapitres incisifs, « Le condamné » met en exergue les valeurs humanistes que l’espace social ne possède plus, seules capables, peut-être, de sauver l’innocent de la folie.