Avec « Anamorphose », Bertrand François Richard propose un roman où l’intime croise les failles de l’Histoire, et où l’art redonne forme à ce qui semblait perdu. Du Croisic à Berlin, en passant par l’épisode de la Poche de Saint-Nazaire, son récit mêle enquête et histoire d’amour.
« Anamorphose » est le second roman de Bertrand François Richard, après « Un Amour contemporain » paru en 2014.

DE L'AUTEUR
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Rencontre avec... Bertrand François Richard

 

  1. Pouvez-vous nous présenter votre livre ?

Rappelons qu’une anamorphose est une image décomposée ou déformée qui ne révèle sa vérité que sous un angle précis. À la fois enquête et histoire d’amour, l’intrigue d’Anamorphose se déroule au cours des années qui ont précédé la crise du COVID, une période marquée par de nombreux attentats. Le personnage principal, Martin Guivarch, est un photographe de mode au sommet de son art, travaillant pour les plus grands noms de la mode, enchaînant shootings, couvertures de magazines et expositions. L’achat d’un blockhaus en Bretagne, les retrouvailles avec un ancien flirt devenue libraire régionaliste au Croisic, vont soudain bousculer ses certitudes. La découverte d’un dessin dans les murs du blockhaus achève d’ouvrir la brèche. Ce simple vestige devient alors un miroir déformant, une plongée dans l’histoire silencieuse du lieu, celui de l’épisode de la poche de Saint-Nazaire, à la fin de l’occupation allemande en 1945, menant ce photographe de Bretagne à Berlin, en passant par Postdam. Son art, ses choix, son regard même se trouvent alors remis en question.

 

  1. Quel message voulez-vous transmettre au lecteur ?

Plus qu’un message, ce qui pourrait paraître prétentieux pour un roman, ce livre porte une interrogation : dans les périodes de trouble ou de guerre, l’art et la beauté peuvent-ils rendre le monde meilleur et même le sauver ? Les dessins dans les grottes de Lascaux, les pyramides, Homère, Notre-Dame… ne sont-ils pas là pour en témoigner ?

C’est la question que se pose le personnage principal d’« Anamorphose », en prise avec les violences de ce vingt-et-unième siècle naissant, s’interrogeant sur les finalités de son métier de photographe et le rôle qu’il pourrait jouer.

 

  1. Quelles sont vos sources d’inspirations ?

Amateur d’art, voyageur et lecteur assidu, mes sources d’inspiration sont nécessairement multiples. Mes études aux Beaux-Arts font qu’elles sont le plus souvent tout d’abord visuelles. J’essaye seulement de les canaliser, du moins de les conserver pour plus tard, dans de petits carnets Moleskine.

 

 

  1. Quel est le livre qui vous a donné envie d’écrire ?

Je crois avoir toujours écrit, indépendamment de mes lectures. Il m’est donc difficile de parler d’un livre plutôt qu’un autre. Si je devais toutefois en citer un, il figurerait sans nul doute dans les trois premiers livres que je me suis fait offrir encore adolescent : « Les Mémoires d’Outre-Tombe » de Chateaubriand, « Guerre et Paix de Tolstoï » et « La Recherche » de Proust, livres longs et exigeants, relus plusieurs fois, tant ils sont riches. J’y ajouterai pour vous répondre : « Lord Jim » de Joseph Conrad dont les techniques d’écriture, du moins la position du narrateur m’ont été utiles, ainsi que mes attraits actuels pour la littérature américaine et sud-américaine, du moins celle de l’après-guerre : Don de Lillo, Paul Auster, Roberto Bolano…, dont j’aime le style et la forme romanesque.

 

  1. Si vous deviez vous décrire en trois mots, quels seraient-ils ?

Un seul suffira : amateur, évidemment dans le sens anglais d’aimer beaucoup de choses.

 

  1. Quelle est votre citation favorite ?

La dernière que j’ai notée est « La musique, l’art et les études consistent à franchir les frontières et non à les construire, à ouvrir les esprits et non à les fermer ». Elle est de Tom Yorke, le leader du groupe Radiohead. Elle est pleinement d’actualité et est donc ma favorite du moment. Cette citation lue dans le dernier numéro des Inrocks rejoint curieusement une autre que j’aime beaucoup et qui est de Michel Foucault « Il y a des moments dans la vie où la question de savoir si on peut penser autrement qu’on ne pense et percevoir autrement qu’on ne voit est indispensable pour continuer à regarder ou à réfléchir ». Elle correspond à l’attitude que j’essaye d’adopter avec l’art contemporain, en démarrant la lecture d’un nouveau livre ou dans mes jugements politiques.

 

  1. Quel est votre rituel d’écriture ?

Cela fait une vingtaine d’années que j’ai toujours avec moi un des petits carnets Moleskine évoqués à une de vos précédentes questions. Je les ai nommés « Arts etc. ». J’en suis aujourd’hui au 63e carnet et à la note 10437. J’y note tout ce que j’ai vu ou lu, qui m’a plu, et que je souhaite conserver pour m’y référer plus tard, en positionnant parfois un sigle en exergue comme R3 ou R4 pour de prochains romans. Relisant et corrigeant fréquemment, pour ne pas dire sans cesse, j’ai besoin de temps et écris donc lorsque j’ai plusieurs jours devant moi. J’écris le matin, en commençant vers 6 heures, puis lorsque je rentre dans une phase plus active, pris par le récit, j’écris alors sans pause toute la journée.

 

  1. Quels sont vos projets d’écriture pour l’avenir ?

Je travaille sur plusieurs pistes actuellement, toujours pour des romans, qui est la forme d’écriture que j’ai choisie. La première interroge ma relation avec les animaux, dans une forme d’enquête, la deuxième se situe à Paris dans le quartier du Sentier, entre start-up, incubateurs, espaces de coworking et commerces de tissus déclinants, véritable îlot de diversité dans Paris, où Balzac ou Zola seraient encore d’actualité.

 

  1. Comment s’est fait le choix de votre maison d’édition ?

Le parcours pour éditer un livre est souvent long et ingrat. On interroge plusieurs maisons d’édition, en commençant par celle qui vous a déjà publié, ce que je fis pour  « Anamorphose ». Curieusement, en écrivant aux Editions du Panthéon, voyant son adresse rue Bourdelle, rue qui m’avait déjà porté chance, j’avais l’intuition qu’ « Anamorphose » y serait édité. La réponse que je reçue et l’entretien qui suivi avec Madame Bellat, l’éditrice, a rapidement confirmé ce choix.

 

  1. Le mot de la fin ?

Un livre, une fois édité, ne vous appartient plus. Il mène sa propre vie auprès des lecteurs. Je souhaite donc à Anamorphose de trouver ses lecteurs et qu’ils y prennent plaisir, le même que j’ai eu en l’écrivant, puis à chacune de ses relectures. Le choix des lieux, l’intrigue autour d’un blockhaus, le contexte historique, le suspens qui en découle, ainsi que les relations amoureuses qui se tissent autour du personnage principal, devraient être, j’espère, les ingrédients d’un très bon moment pour les futurs lecteurs.