Thème : Poésie contemporaine

Les bonheurs invisionnables

« Les fleurs du silence s’assèchent par la haine
Et les sources taries d’amour se font rares
(…)
Les fleurs du silence disparaissent dans les nuits
Les sentiments étranges des hommes maudits. »

Timo lorsqu’il peint, Timothy lorsqu’il s’adonne à la musique et la chanson, Timothy Hagelstein est tout à la fois poète, auteur, compositeur, peintre. Il a écrit et interprété de nombreux succès tant en France, qu’en Belgique ou au Portugal, premier pays à reconnaître son talent.
Il visite encore souvent le Portugal, son pays de cœur, où ses livres sont traduits. Mais il reste désormais habité de bonheurs « invisionnables », après une vie riche en aventures artistiques, personnelles ou sentimentales.
Ce livre concentre tous les sentiments d’un poète nourri par une sensibilité à fleur de peau.
De sa lecture on ne sort pas intact, peut-être parce qu’il reflète une part cachée de nos vies parfois inavouée.

Écrire, c’est ne pas écrire

« Je prouve aux centres et épigrammes le double de leurs ergots, leurs joues se fendillent de honte, elles se désa- grègent. Qui ose se fondre alors dans le spectacle de leurs rubans, portes anoblies ? »

Les mots ont leur propre vie, ce sont eux qui nous forment, et non l’inverse comme nous avons la prétention de le croire.
Avec « Homme exfolié » (Éditions du Panthéon, 2023), l’auteur cherchait à contraindre le langage à sa propre exigence. Dans « Écrire, c’est ne pas écrire », il accepte le mystère du langage humain. Il s’incline face à l’écriture, prête l’oreille à son murmure, comme on écoute celui de l’océan à travers une conque.

Rendez-nous les étés de notre âme suivi de Escales bretonnes

« Plus rude est le pays breton
plus sa candeur hausse le ton
et plus la mer joue la démesure
mieux la plage se ressaisit
intemporelle »

Le vent marin, les souvenirs adolescents, ce recueil dit le mouvement des saisons et le temps qui s’égrène. Le paysage est l’écrin de ces textes ciselés, où chaque mot orne le vers, fait résonner une mélodie quelquefois nostalgique. Poèmes intimistes, sensuels, attachés à la volupté et aux joies des corps apaisés, ces étés et escales attisent la vague toujours renouvelée du désir.

L’inexistée

« Je te rêve et je te veux,
Si près de moi…
Que je ne peux imaginer
Comment vont les jours
Ni comment ils passent,
Comment la nuit visite le quartier
Ni comment elle le quitte… »

L’enfant qui n’est pas né, la maladie, les rêves égarés forment la constellation poignante de ce recueil. Les sentiments qui y gravitent reflètent les chimères de la vie auxquelles les vers donnent corps. Traversés de fulgurances, d’appels tendres ou déchirants, ces poèmes invitent à rencontrer une plume singulière.

La clarté des nébuleuses

« Maison aux volets verts
Sur les chemins déserts
Maison aux volets clos
Incitant au repos
Le souffle de la mer
Sur les roses trémières
La douceur de la nuit
Fait oublier l’ennui
Et l’on se laisse aller
À des baisers salés »

Rythmés, animés de néologismes, explorant diverses formes, les poèmes de « La clarté des nébuleuses » jouent à faire s’entrechoquer mots, émotions et sensations et nous entraînent dans un monde clair-obscur aux accents lyriques. Écrits entre 1977 et 2023, ils sont le reflet fidèle de leur auteure et une fenêtre entrouverte sur ses rêves et ses démons.

Les Transfigurés

« Tandis qu’en bas, la peste se déchaîne
Je m’en vais, je n’étais que de passage
Sans rancune, si je vous laisse à la peine ?
Je ne suis que le Marcheur de Nuages. »

Ce recueil transforme le réel, l’enchante et le poétise. S’emparant du banal comme de l’exceptionnel, il apporte un doux éclairage sur le quotidien, démontrant par là que pour apprécier sa vie, il suffit parfois de savoir la regarder.

Mots décomposés

« Un air lancinant, grinçant, acidulé
Et tellement, tellement lourd, et perçant, vibratif
C’est à ce son presque pur que je m’adresse :
Pourquoi vouloir détruire le monde et nos tympans ? »

Est-ce un poème ? Est-ce une liste ? Peut-être est-ce juste… une vue d’artiste ? Les textes des « Mots décomposés » sont surtout un immense terrain de jeu pour Michel De Cock qui nous y dévoile sa façon d’appréhender l’existence : en dansant sur les rimes, et en rythme. Avec tendresse parfois, avec humour souvent, il dessine des images d’endroits rêvés, où il fait bon se blottir ou s’amuser.

Être soi avec l’autre

« Dans nos mains, le maître du temps,
Nous remontons à la Source
Le temps, et l’inverse
Être soi, sans peur du juge »

Pour contrer le sort et la maladie qui l’entravent, l’auteur jette sur le papier des volutes de mots. Sur la partition de sa vie, il tempère d’harmonie ce qui est chaos et doutes. Dans un vertige de rimes et de rythme, il permet à l’esprit de voler, détaché de l’angoisse des quotidiens brumeux. Un saut de l’ange sans filet.

Les malheurs de Sophocle

« Oui, dis-je m’installant à côté d’elle
Écoutant cet apôtre du vivant et du réel,
Cependant que de moi s’éloignaient mes angoisses
Je me sentais un peu mieux, à l’épaule de ma mie.»

« L’argent, ah ! Fléau des humains », vers extrait d’une œuvre de Sophocle, est le point de départ de ce recueil. En déroulant le fil de ses réflexions, l’auteur imagine des poèmes intensément actuels, sur des thèmes intemporels. À cloche-pied entre tradition et modernité, il entrelace les formes classiques et les vers libres en un tout joyeusement débridé.

Carnet de poèmes

« Je me laisse naviguer
Encore un peu
Sous une…

Douce et douce, douce nuit
Cœur apaisé et fleurs effleuraient
Ton front et tes yeux »

Laissez-vous emporter dans une traversée en vers libres, à la prose légère comme une brise de printemps, pour évoquer avec le poète tout ce qu’il sait de l’amour et célébrer tout ce qu’il lui reste à en apprendre.

Tu es l’Hibiscus, je suis le Lys

« Dans ce monde,
je suis Aussi libre qu’un oiseau
Dans une cage…

Dans mon monde,
Je suis tellement libre
Que je m’encage
Moi-même… »

Dans ce recueil teinté d’une tendresse douloureuse, l’auteure rend hommage aux émotions qui la traversent et qui laissent leur empreinte, pour un jour ou pour toujours. Une voix de femme authentique et sensible qui s’élève au nom de toutes les autres, celles qui parlent trop et celles qui se taisent trop, qui souffrent et qui sourient.

À l’ombre de mes pensées

« Senteur de l’existence à la fraîcheur du soir sous la couverture enflammée d’un ciel crépusculaire….
la nuit de noir vêtue, dans son linceul de silence, s’approche peu à peu dans l’ombre de la terre…. »

Une traversée des émotions humaines, un message de liberté, un hymne à la nature, ce recueil est cela et plus encore. Généreux, lyrique, piqueté de paillettes d’humour « À l’ombre de mes pensées » nous emporte dans le tourbillon de la vie. Rejoignez l’auteur, posté derrière une vitre et qui contemple et commente avec gourmandise ce qui se déroule sous ses yeux.

Over-rêve

« L’enfant a collé à son oreille,
Pour mieux imaginer de lointains rivages,
Un coquillage
Il a fermé les yeux…
Et amerrissent doucement ses songes.
Il est grand temps de rentrer. »

Remonter aux sources du temps et aux tréfonds des rêves, voici à quoi nous invite ce recueil tout en délicates volutes. D’un trait de plume, l’auteure y évoque le merveilleux des rêves enfantins ou encore la passion des voyages.

Les couleurs d’une vie

« Sentiments sentinelles
Dévouement rationnel,
Amendement éternel,

À ce moment rempli de doute,
À ce croisement où divergent nos routes,
À cet instant de déroute… »

L’auteure écrit ses souffrances et ses joies avec mélodie, avec des aigus tranchants et des graves qui enveloppent. Dépeignant avec justesse les épreuves de l’adolescence, la jeune femme laisse richement déborder ses émotions, ses colères, ses cris du cœur dans des vers qui se répondent, s’entrelacent et s’effilochent au gré des élans et du temps.

Terrain de jeu

« Je suis cette multiplicité
Je me trouve en donnant
Je suis ici sans être ailleurs
Je suis présent à moi-même »

Dans ses vers scandés, répétés, à déclamer, Nicolas Guyot trouve une manière de rester en mouvement, pour détourner le sort qui tente de l’immobiliser. Ici, sur le papier, il réconcilie son corps défaillant avec son cœur qui bat à tout rompre, avec son esprit qui court sans regarder en arrière.

Rêveries

« Qu’il fait bon se retirer en pleine nature
Et se reposer sur un bout de verdure !
On peut s’y libérer de toutes ses idées
Et arriver ainsi à la sérénité. »

Dans ce recueil aux atours classiques, l’auteur explore des sujets intemporels avec un regard empreint de romantisme et de mélancolie. L’amour a la part belle mais la famille, la mort ou encore la religion sont peints du bout de la plume avec délicatesse.

Le revers du traumatisme – Partie 1

« Je t’aime et ce peu importe les circonstances.
La passion, le plaisir, le désir… c’est d’une intensité à couper le souffle,
D’une sauvagerie à faire trembler les profondeurs des abysses, D’une douceur à bercer les enfants du village »

Ce recueil parle d’amour, mais également d’émotions fortes. L’auteur se dévoile peu à peu, au fil des vers, se mettant à nu et offrant au lecteur curieux ses pensées sans pudeur. Dans sa vie, souffrance et beauté se côtoient et forment un chant qu’il a choisi de retranscrire sur papier dans un langage criant de vérité.

De l’âme à la plume

« C’est sur ce cahier magique rempli de mots inutiles,
Que j’enterre mes passions et mes envies futiles.
C’est à toi, feuille immobile de ce classeur d’argile,
Que je laisse mon cœur qui de rosée scintille. »

Un recueil témoignage, c’est l’objet qu’a voulu créer l’auteur pour le mettre entre les mains des êtres sensibles. Récit tendre et poétique d’un chemin de vie qui, comme tant d’autres, fut semé d’imprévus, de joies et de peines, mais toujours empli de richesse et de leçons de vie.

Les mémoires d’une rose

« Je n’ai que seize ans, c’est vrai
Et mes traits, contrairement aux vôtres,
n’ont eu le temps de s’abîmer.
Néanmoins ; ce temps, tant que vous, m’a forgé.
Les peines et les blessures, voyez ; ne peuvent se résumer à un simple nombre d’années. »

« Les mémoires d’une rose » est un voyage intérieur, à la fois puissant et fragile, qui s’expose au monde. Laissant derrière elle la crainte d’être soi, l’autrice fait don de ces rimes, de ces émotions toutes nues, assumées et sublimes, pour transmettre la douceur, la sensibilité et l’espoir dessinés en filigrane dans sa poésie.

Homme exfolié

« Marche de bout à autre happée par imprécision,
fugitive écriture avance par force. »

En épîtres comme abrasées, expurgées de la plupart des articles possessifs et démonstratifs, se murmure que la poésie est là, vibrante. Elle respire en nous et hors de nous, où que se portent nos regards. Elle peut paraître si petite face à la violence du monde, elle est cependant essentielle, comme le battement originel du cœur.