Thème : Mémoires

Amère Amérique, « Si c’est un rêve, je le saurai »

« A Lincoln, ma petite notoriété d’activiste s’était localement construite via la publication de quelques articles au vitriol dans les colonnes du Daily Nebraskan, journal publié cinq jours par semaine par l’université. La rédaction me présentait désormais comme un contributeur régulier.
Il y avait également mes prises de parole, elles aussi régulières, à Hyde Park. Se référant au célèbre Speakers Corner du grand parc londonien, c’est ainsi que ses animateurs, pour la plupart étudiants dans le département de journalisme de l’université du Nebraska, avaient baptisé l’événement hebdomadaire qu’ils organisaient le jeudi, en fin d’après-midi, dans la grande salle polyvalente, la bal room, de la Student Union. »

Entre l’Amérique fantasmée et la réalité, 3 années fondatrices qui ont sonné le glas de la relation très particulière que l’auteur entretenait depuis l’enfance avec les U.S.A.
L’obtention d’une bourse d’étude, en 1965, permet à Bernard « J. » Durand de rejoindre l’université de Virginie. Sa rencontre avec le sénateur Robert Kennedy, auprès duquel il s’engage, fait vibrer ce rêve américain… Jusqu’à l’assassinat du candidat à la présidence le 5 juin 1968. Le château de cartes s’effondre.

Preuve par cinq – Verte était notre vallée

« Joseph invita, d’un geste large, tout le monde à prendre place autour de la table, garnie comme d’habitude. C’était assez exceptionnel que maîtres et serviteurs prennent ainsi place autour de la même table, mais nul ne se posait de questions, tous étant sensibles à la gravité du moment et au sentiment que la vie de chacun allait catégoriquement changer à partir de cette journée.
La lumière était tellement vivante en cette matinée de printemps ! »

Dans « Preuve par cinq – Verte était notre vallée », André Suissa livre l’épopée exaltante de ses aïeux et descendants à travers un récit qui nous fera traverser les océans. Depuis le Haut Atlas marocain à la France en passant par l’Algérie et son histoire, cette saga sur cinq générations nous emmène entre autres sur les traces d’une fratrie de neuf enfants, celle de l’auteur. Une richesse à la fois historique et familiale née dans les yeux d’une fabuleuse et presque légendaire grand-mère aux secrets exceptionnels, dont la disparition restera à tout jamais un mystère.
Enseignant, journaliste, fondateur d’une école du soir pour adultes mais également assureur, voyagiste, juriste, André Suissa a vécu autant de vies que de passions.
Auteur de recueils poétiques et d’un roman, il revient aujourd’hui sur les racines de sa famille, en un périple mémoriel attachant.

Amis disparus, amis apparus…

« Faut-il raconter les choses comme elles viennent ou dans l’ordre où elles se sont produites  ? Les souvenirs naissent à mesure que je les écris. D’une phrase, qui auparavant n’existait pas, surgit une autre phrase, comme si elle n’attendait que ce moment-là. »

Grâce au pouvoir de l’imagination et de la mémoire, Remi Clignet réussit, l’espace d’un livre, à retrouver ses amis disparus, qui vivent dans son cœur à jamais et l’accompagnent au fil du temps. Ensemble et silencieusement, ils remontent le fleuve de la vie de ce grand voyageur. Les amis ravivent les souvenirs endormis sur ses berges et rattrapent le temps perdu en trouvant enfin, sans le chercher, le chemin du bonheur.
« Chaque personne qui passe dans notre vie est unique. Elle laisse toujours un peu d’elle-même, et s’en va avec un peu de nous. » Jorge Luis Borges.
Après « Naïf ou le petit chose » (Éditions du Panthéon, 2019), Remi Clignet emprunte à nouveau les sentiers délicieux de la mémoire, avec émotion et humour.

Toute famille a une histoire

« Après avoir exploré le temps pour essayer de trouver ses racines, il restait une petite branche mise de côté, éloignée, insondable, juste un ancien papier griffonné à la plume par un vieil oncle, l’aîné de la famille maternelle.
Adolescent, je l’avais questionné sur l’histoire de sa parentèle. Il m’avait alors remis ce papier sur lequel se trouvait un dessin, réalisé sous la dictée de son père, résumant cette généalogie. Une petite branche à droite décrivait trois sœurs, leurs maris, leurs enfants, dont Eugène Million, célèbre carrossier au XIXe siècle, Stanislas de Charnal, un auteur dramatique qui serait parti pour l’Amérique avec une actrice de théâtre, et Élisabeth Giroud, sa grand-mère.
Cette petite branche portait des fruits étonnants, décou-verts après des années de recherches. »

Les archives et bibliothèques recèlent des richesses infinies. Y accéder est la promesse de découvertes savoureuses, émouvantes, à tout le moins pleines de surprises.
Hughes Legrand s’immerge ainsi dans le destin de quelques aïeux du XIXe siècle, et nous entraîne à sa suite. Les méandres, les impasses et les obstacles de cette enquête sont autant de péripéties qui captivent et alimentent notre intérêt.
Son diplôme d’architecte sur la restauration d’un couvent du XVIIe siècle, transformé en prison, a donné à Hughes Legrand le goût des archives et l’excitation des recherches. Sa vie professionnelle lui a donné plusieurs fois l’occasion de diriger des projets immobiliers qui avaient par une curieuse prédétermination, un lien direct avec sa vie passée ou celle de ses ancêtres.

Le dernier soupir

« Quand ma belle-famille est venue demander ma main pour leur cher fils, mes parents ont immédiatement donné leur accord. Ils ont répondu affirmativement. Cette alliance, je ne peux dire qu’elle me sera bénéfique mais, au moins, j’étais des plus heureuses.
Je n’avais aucune notion du mariage, ce que je savais, c’est que c’est une union basée sur l’amour, la confiance et la fidélité et que c’est un lien sacré par une déclaration solennelle. »

Malika Aoualit retrace son parcours afin d’en disséquer ses expériences de vie. De ses années adolescentes à l’ambiance du foyer familial, elle revient sur des souvenirs enfouis, ceux qui resteront à jamais gravés, reflets de ce qu’il y a de plus intime en elle.

Avec douceur, elle nous invite ainsi dans ses pensées, révélant des émotions et une sensibilité qui nous bouleversent. Son mariage, ses souffrances et son acharnement face à cette existence parfois si complexe. Qui sait de quoi sera fait demain ?

Les heures tardives

« Juste être vivante. Me donner voilure car la mer est grande. »

Maïeuticienne de son passé, les souvenirs de Danièle Mermoud ressurgissent avec une gravité déchirante mais toujours juste. Son style à vif taille dans la chair pour mieux atteindre les sentiments, ceux qui serrent le cœur, ceux qui étreignent nos poumons et font battre le sang aux creux des tempes. Les sentez-vous ces pulsations ?

Mémoires d’un homme du passé

« […] Nous étions heureux et fiers d’avoir passé ces péripéties qui forgent le caractère et confèrent au corps une capacité, un pouvoir de résistance et d’endurance impressionnants. C’était comme une sorte de baptême, non de feu, mais d’endurcissement, de patience et de philosophie. »

Aujourd’hui retraité, Ahmed Marcil se remémore sa vie. Toujours intacts, ses souvenirs affluent : son enfance à Rabat, entre les déménagements et la Médina, le rationnement et la crainte de la guerre. Avec une sincérité touchante, il évoque son éveil croissant à l’école coranique puis sa révélation pour l’armée. Transporté, il nous fait intimement ressentir sa fierté d’étudier à St-Cyr, et sa terrible mortification à Caen, ville stigmate de la barbarie humaine. Avec une précision vibrante teintée d’émotion, il restitue tous les aspects et détails de son passé militaire.