Thème : Nouvelles

Poisson-Femme

« Le souffle dramatique de ces nouvelles, empreintes de tristesse, évoque, parfois, d’une manière fantastique, la plainte lancinante d’êtres broyés par une fatalité sournoise et le désarroi d’une jeunesse gabonaise malmenée par les mutations d’un monde où les faibles n’ont déjà plus qu’une si petite place. »

D’histoires tristes en récits fantastiques, ces nouvelles nous emmènent à la rencontre de jeunes gens frappés par la vie ou par une sorte de malédiction que rien ne peut contrer. La bonté même, aveugle et insistante, ne semble pas pouvoir venir à bout de tous les malheurs. Que faire alors ? Faut-il accepter la fatalité ?

L’âme erre au bord des yeux

« Le ciel était bleu, la Mer comme elle l’est toujours ; je profitais de ce calme pour essorer mon cœur. J’étais immobile comme une pensée de tristesse qui dure, comme un Soleil qui s’en veut pour sa chaleur. »

Et si chaque larme était en fait un bateau errant sur les vagues et vivant ses propres aventures ? Partant de cette idée poétique, la narratrice nous invite à partager son voyage personnel, qui la conduit, après la traversée de pays inattendus, sur des rivages plus hospitaliers.

Souvenirs diaprés

« Dans son appartement, une femme des services sociaux a trouvé vingt kilos de feuilles, posées par terre, sur le lit ou le canapé, agrafées aux murs du sol au plafond. Du papier recouvert de portées et de notes, un véritable trésor, des compositions empreintes d’une grande nostalgie qui pourtant se cristallisent autour d’une petite note rebelle, s’envolant soudain, portée par une croche. »

Dans ce recueil aux mille facettes, Carole Fumeaux nous emmène vers des ailleurs nés d’un imaginaire posé sur la vie et ses travers. Tour à tour voyages dans l’espace-temps et explorations intimes et profondément immobiles, ses nouvelles sont une ode aux sentiments, à tous les sentiments, dans toutes leurs nuances, du lumineux au plus sombre… et une célébration de l’amour du vivant.

Les folles années !

« Parfois lourd et puissant, toc, toc, toc…, parfois léger et frénétique, toc, toc, toc…, mais aussi parfois mou, presque paresseux, toc, toc et… toc, le heurtoir du numéro 39 de la rue Banneton me fait encore sursauter certaines nuits. Immuables, depuis quatre-vingt-douze ans, ces trois coups ravivent ma plus tendre enfance. »

Cet ouvrage regroupe trois nouvelles qui, des Années folles à aujourd’hui, racontent des tranches de vie, des morceaux d’enfance comme des moments en apparence anodins mais qui vont bouleverser le cours d’une existence. De Marseille à Rouen, d’un monastère à un commissariat, l’auteur invite ses lecteurs à apprécier des instants du quotidien.

Chroniques au temps d’un confinement

« Les cours par correspondance se mettent doucement en place. En essayant de ne pas se tirer les cheveux, nos profs nous envoient des exercices et des devoirs à faire par le biais d’une application où on peut discuter. Je me retrouve déjà avec une dissertation de philosophie, un contrôle d’éco et un polycopié de maths sur les intégrales à essayer de comprendre – vaste tâche. »

Dans cet ouvrage et à seulement dix-sept ans, la Toulousaine Lily Kathleen-Storm nous livre une vision du confinement du printemps 2020 à travers le prisme de l’adolescence. D’une plume facétieuse et pleine de sensibilité, elle décide de prendre à contre-pied cette période difficile pour beaucoup et d’en faire un moment empreint de légèreté et d’humour en relatant un quotidien bouleversé et étrange, émaillé d’une perception personnelle de l’actualité.

21 dialogues dans la nuit

« À la fin d’une longue vie, nombreux sont ceux dont le quotidien n’est plus qu’une ignominie et qui guettent mon ombre dans le mouvement d’un rideau, à la tombée de la nuit. Je suis la délivrance d’un monde âpre et injuste, car la vieillesse, qui, aux premières heures, est soulagement, devient vite un monde réduit à quelques mètres carrés, dans la pestilence et dans la douleur de ne plus rien reconnaître que l’image délabrée des congénères du souper d’infortune. Quand le seul horizon est celui de la profondeur des souvenirs, il est temps de changer de monde. »

La mort, les injustices, la douleur de l’existence… Autant de sujets lourds, profonds et riches abordés ici sous forme de dialogues, ce qui permet une grande diversité des points de vue tout en rendant l’ensemble plus vivant. Le lecteur se retrouve ainsi au fond des tranchées, spectateur malheureux d’une pension pour très jeunes enfants ou encore invité à une table de restaurant !

Philippe Virolle revient avec un recueil de nouvelles. Diplômé de philosophie, il évoque la mort et la solitude, sans concession, avec mordant. Il est déjà l’auteur de deux recueils de nouvelles, « Nouvelles brèves » et « De courir parfois mon regard s’arrête », ainsi que d’un roman « Demeure et ne deviens pas ».

Quand je ne dormais plus

« Dans son sommeil fatigué où la force quitte ses muscles, il arrive enfin à bouger et pour la première fois de sa vie, quelqu’un le serre fortement contre son cœur, il se sent rassuré à un point sans nom, oui ! Il serre enfin ce rêve qu’il aime dans ses bras, pleurant des dix-sept ans de larmes qu’il n’a pas pu exprimer… »

Au fil de ses longues nuits d’insomnie, Nolwenn Cleuvenot a égrené des histoires qui parlent au cœur de la nuit. Elle nous fait naviguer de destin en destin, d’émotion en émotion. Nous voyons le désespoir de Mariko, l’indifférence de la Dame, la colère d’un amoureux plus fou qu’il ne le croit… Une galerie de portraits hauts en couleurs, même dans les gris du soir, qui a peuplé les nuits de l’autrice quand elle ne dormait plus.

Une existence d’homme – Volume 1

« Le décollement d’une plinthe, un impact infime dans la tapisserie, une irrégularité d’espacement entre les lattes du parquet, un rien du tout auquel chacun se raccrochait à cet instant, comme pour se rendre soi-même infiniment petit et se soustraire à ce lieu, à cette compagnie, à ce conflit. Un minuscule néant. Tout un univers le temps d’un instant »

Des évènements a priori anodins peuvent avoir des conséquences énormes, ricocher tout au long d’une vie. Que faire après un échec sportif, un divorce, une histoire manquée ? Chacun est libre de se laisser couler ou de tirer une leçon de l’expérience. À travers une série de nouvelles, l’auteur retrace l’existence de plusieurs hommes, dévoilant leurs doutes, leurs peines mais aussi leur force et leur volonté.

Il y a longtemps, sous le tilleul

« Dyonis ferma ses yeux un instant, s’efforçant de maintenir le désespoir bouillonnant sous contrôle. Il connaissait les impasses, il les connaissait bien. Les issues inattendues se cachaient toujours quelque part, peu importait le temps nécessaire pour les trouver. »

Entre les lignes d’Alice Lafon–Verroest, suivons du regard Larissa et ses terreurs nocturnes, attendrissons-nous devant la relation fusionnelle d’Élise et de son ami d’enfance ou encore, sentons notre cœur se serrer en découvrant le destin de Roland…
Une collection d’historiettes en forme de destinées, de souvenirs romancés ou de rêveries matérialisées, peintes avec délicatesse sur les pages par une plume sensible et enlevée.

Paradoxes

« En effet, bien loin des clichés véhiculés par certains films, le monde est plus complexe que le bien et le mal, que le noir et le blanc et chacun d’entre nous comporte un côté sombre et un côté lumineux, cultive un même jardin secret dans lequel fleurissent des plantes toxiques et d’autres magnifiques. »

Les paradoxes nous entourent et sont présents dans toutes les sciences : physique, psychologie, mathématiques, etc. L’âme humaine n’échappe pas à cette règle universelle et recèle aussi les siens.
Les récits d’Alexandre, Sophie et Amar s’entrecroisent dans « Paradoxes », dévoilant les multiples facettes d’un même épisode ou d’une même personne.
Ces trois nouvelles mettent en scène avec justesse notre rapport à l’autre et au monde et proposent un questionnement sur des thèmes essentiels tels que la réussite, la vérité ou la quête de soi. Chaque histoire nous plonge dans une atmosphère propre, nous immerge dans nos doutes et nos peurs pour en faire ressortir – paradoxalement – le meilleur.

Cœurs de femmes

« L’homme ne vit pas, ne vit plus à partir d’un certain âge, si tant est qu’il ait jamais vécu, englué qu’il est dans une virilité névrotique, il se contente de profiter de ce qu’il pense ou estime être son dû : sa femme et son boulot. Non que tous les hommes correspondent à cet archétype, mais il y en a beaucoup, du moins parmi ceux que j’ai fréquentés jusqu’à présent. »

À travers le regard de quatre femmes, différentes mais en quête de liberté, l’auteur explore ce que peut être le quotidien. Sur les pas d’Élise, Anne, Sophie et Ève, nous découvrons leurs sentiments, leurs difficultés et, par-dessus tout, leur force.
Marcel Nuss donne la part belle dans ces récits à ses personnages féminins, aussi complexes qu’attachants. Ève, Walkyrie en fauteuil roulant, en est la flamboyante quintessence.

Ombres sur Versailles

« Par une lumineuse matinée d’automne, un homme aux tempes grisonnantes déambulait dans les rues de Versailles, et traversait la place du marché, distrait à chaque pas tantôt par les étalages de fruits et légumes, les fromages, tantôt par les voitures, les autobus, les kiosques à journaux, d’assez mauvaise humeur, à vrai dire, car n’étant pas revenu dans cette ville depuis quarante ans, il ne reconnaissait plus grand-chose du décor qui avait été celui de son enfance. Seul le château était bien encore là, semblable à lui-même, excepté les grilles qu’on avait redorées et qui brillaient d’un éclat surfait. »

Il n’est pas nécessaire d’être Versaillais pour goûter ces nouvelles se déroulant dans la cité royale, revisitée en toute liberté par l’auteur. Elle en apprécie à la fois le charme, la grandeur et les travers. Dans ces pièces d’humour, elle déguise un pessimisme latent sous un sourire taquin, s’accordant parfois la fantaisie de pasticher quelques écrivains… Saurez-vous les reconnaître ?

Couleurs locales

« Croque au sel, croquembouche, croque-monsieur, croque-mitaine, croque-mort. Vive la gastronomie qui traverse toutes les périodes de notre vie, jusqu’à tous ces petits êtres qui vont savourer leur festin. L’employé des pompes funèbres ne vient jamais seul. Son acolyte est indispensable pour la mise en bière. Tiens ! On parle de bière, à boire et à manger donc. »

Les histoires et poèmes de « Couleurs locales » sont un condensé épisodique de réalités vécues, des instants clés, réels ou farfelus, qui ont marqué l’auteure à travers le temps. De souvenirs d’enfance en portrait vivant, d’éclat verbal tempéré en espiègle critique, elle nous mène par le bout des mots dans un univers coloré, foisonnant, explorant l’humain et ses multiples facettes à travers le prisme de son propre environnement.

Miroirs

« Peu à peu, l’endormissement s’est mis à envahir ses paupières fatiguées, et peu après, il a plongé dans un sommeil profond, et les songes roses ont afflué comme des mélodies émouvantes émises par un fifre exalté… »

Les miroirs de Said Radouani ne sont pas des objets plats et figés qui froidement nous reflètent. Ses miroirs sont complexes, mouvants, liquides. Tour à tour accusateurs ou charmeurs, ils ont une âme, un parti pris, ils sont profonds, spirituels et très souvent cruellement réels. Fabuleux, ils font ressortir ce qu’il y a de caché, d’enfoui, d’inavoué dans les replis de l’esprit et du cœur. Ils sont à l’image de l’humain qui s’y mire : infinis.

Voyage au bout d’un destin

« Il se demandait comment soutirer une ou deux larmes à son œil aride, dans le but de convaincre sa mère et les autres que la mort de ce parent lui faisait de la peine. Peine perdue : aucune larme ne daigna perler au coin de son œil. Il se mordit la lèvre inférieure : tic qui le prenait dans les situations embarrassantes… »

Dans ce recueil à la sincérité désarmante et aux accents autobiographiques, le narrateur est entraîné dans un tourbillon de drames le privant de tous ceux qu’il vient à aimer. Il se croit maudit, cherche une raison à ses malheurs… Et malgré la souffrance et l’impuissance, il se relève sans cesse, en recherche de résilience, poursuivant son voyage jusqu’au bout de sa destinée. Une exploration du deuil, du drame et de l’injustice souvent traîtres de l’existence.

Nouvelles estudiantines

« La densité de la vie parisienne rend ses parenthèses apaisantes. Quelques rayons de soleil transforment les terrasses de troquet en espace de villégiature ; s’y installer pour siroter un verre permet de s’échapper de ce rythme tant exécré des provinciaux. Oubliant toutes les obligations qui nous aliènent, nous jouissons d’une simple bise et d’un bon Bordeaux.
Ce moment est hors du temps. »

La jeunesse est riche en sensations et en découvertes, sur le plan de l’intime comme de l’émotionnel. À travers ces nouvelles légères, empreintes des bruits de la fête et des cris de la sensualité, Louis Larché nous fait faire un plongeon sensoriel dans ses nuits parisiennes, célébrant l’exploration de l’intimité, le sexe et surtout l’hédonisme impudent, effronté des jeunes années.

Les voyages intérieurs

« Deux jours plus tard, ils entrèrent sans coup férir dans la place, soigneusement déguisés en paysans rustres et avinés, ayant caché leurs armes dans les tonneaux emplis de vin. Réfugiés dans une auberge à cent sous, ils partirent en reconnaissance, dispersés, se mêlant au bon peuple qui n’avait pas l’air si réjoui de la présence anglaise. Le plan fut mis au point pour la prochaine sortie de Jeanne de sa prison, quel que soit le moment, avant ou après le jugement. »

Entrer en soi-même pour y faire la découverte de l’extraordinaire et du paradoxal dépassement de soi. Cette plongée éminemment personnelle est la condition sine qua non à ce que les personnages de ces nouvelles vont vivre comme une libération. Pierre, Mathis, Éphistole et Nicéphore tâtonnent, trébuchent, avant de faire l’expérience de la vacuité de soi et de cette liberté chèrement acquise. Car relever la tête a un prix. Lequel êtes-vous prêt à payer ?
Loup Francart imagine avec humour et une lucidité aiguë les remises en cause intimes de quatre hommes. Méditation, philosophie et tendre ironie font bon ménage sous sa plume si caractéristique.
Auparavant expert en stratégie et gestion de crise, l’auteur se consacre aujourd’hui à ses passions artistiques, la peinture, la musique, la littérature. Il tient également un blog dans lequel il fait part de ses réflexions sociétales et personnelles.

Routine

« Je ne pouvais plus procrastiner et me voiler la face plus longtemps. Cette capacité à ne rien faire en sachant indubitablement ce qui me restait à effectuer et ma fatuité s’étalaient crûment devant moi. »

Un homme à bout de nerfs survit au deuil de sa femme dans l’impitoyable jungle parisienne. Perdu dans sa vie et dérouté dans ses émotions, il embarque le lecteur dans ses déambulations citadines et le prend à témoin de ses réflexions pas toujours sages sur la nature humaine et ses travers. Un roman sans concession, fataliste, cynique et terriblement authentique.

La Valise

« Dans une heure, il fera presque nuit. J’espère que cette jeune fille ne va pas rester là, figée comme une statue de plâtre !
Je fis part de mon inquiétude à Guillaume. Lui ne montrait aucune crainte sur le sort de cette jeune personne :
– Laisse tomber, elle n’est pas perdue, elle attend quelqu’un probablement. Cesse de la regarder et dans quelques minutes, tu n’y penseras plus et tu seras surprise même de constater qu’elle n’est plus là. Envolée la demoiselle !
– C’est possible ; après tout, je présume qu’elle est majeure et libre de ses mouvements. Je ne vois pas pour-quoi, d’ailleurs, je m’intéresse à elle. »

Une jeune femme sur un banc attire l’attention de Florence qui se refuse à la laisser passer la nuit seule dehors. Avec l’accord de son compagnon, Guillaume, elle l’invite à séjourner chez eux.

Cette décision généreuse aura toutefois de sérieuses répercussions sur les relations qu’entretiennent les personnages, d’autant plus quand l’invitée disparaît, laissant derrière elle sa valise…

De courir parfois, mon regard s’arrête

« Lorsque nous pensons à ces choix qui auraient pu changer tant de choses dans nos vies, “how many roads must a man work down, how many seas must a white dove sail…”, nous pouvons ne plus y penser ou bien au contraire essayer d’imaginer ce qu’elles auraient pu devenir et les raconter avec une plume, un clavier ou un pinceau. C’est ainsi que nous avons plusieurs vies. »

Dans ce second opus, Philippe Virolle explore l’abandon, l’enfance fauchée, l’absence ou la vieillesse. Dans le style fluide qui le caractérise, il cherche dans ses souvenirs des réponses à son violent ressenti du présent.

La plume est sombre, les références s’imprègnent de philosophie. Mais derrière les mots durs et les sentiments sans concession, se trouvent un rêve inachevé et un regard singulier qui nous proposent de transcender nos déterminismes. En filigrane se cache une musique, probablement ce concerto de Beethoven auquel l’auteur se raccrochait dans le tumulte de sa solitude enfantine.