Thème : Nouvelles

Miroirs

« Peu à peu, l’endormissement s’est mis à envahir ses paupières fatiguées, et peu après, il a plongé dans un sommeil profond, et les songes roses ont afflué comme des mélodies émouvantes émises par un fifre exalté… »

Les miroirs de Said Radouani ne sont pas des objets plats et figés qui froidement nous reflètent. Ses miroirs sont complexes, mouvants, liquides. Tour à tour accusateurs ou charmeurs, ils ont une âme, un parti pris, ils sont profonds, spirituels et très souvent cruellement réels. Fabuleux, ils font ressortir ce qu’il y a de caché, d’enfoui, d’inavoué dans les replis de l’esprit et du cœur. Ils sont à l’image de l’humain qui s’y mire : infinis.

Routine

« Je ne pouvais plus procrastiner et me voiler la face plus longtemps. Cette capacité à ne rien faire en sachant indubitablement ce qui me restait à effectuer et ma fatuité s’étalaient crûment devant moi. »

Un homme à bout de nerfs survit au deuil de sa femme dans l’impitoyable jungle parisienne. Perdu dans sa vie et dérouté dans ses émotions, il embarque le lecteur dans ses déambulations citadines et le prend à témoin de ses réflexions pas toujours sages sur la nature humaine et ses travers. Un roman sans concession, fataliste, cynique et terriblement authentique.

La Valise

« Dans une heure, il fera presque nuit. J’espère que cette jeune fille ne va pas rester là, figée comme une statue de plâtre !
Je fis part de mon inquiétude à Guillaume. Lui ne montrait aucune crainte sur le sort de cette jeune personne :
– Laisse tomber, elle n’est pas perdue, elle attend quelqu’un probablement. Cesse de la regarder et dans quelques minutes, tu n’y penseras plus et tu seras surprise même de constater qu’elle n’est plus là. Envolée la demoiselle !
– C’est possible ; après tout, je présume qu’elle est majeure et libre de ses mouvements. Je ne vois pas pour-quoi, d’ailleurs, je m’intéresse à elle. »

Une jeune femme sur un banc attire l’attention de Florence qui se refuse à la laisser passer la nuit seule dehors. Avec l’accord de son compagnon, Guillaume, elle l’invite à séjourner chez eux.

Cette décision généreuse aura toutefois de sérieuses répercussions sur les relations qu’entretiennent les personnages, d’autant plus quand l’invitée disparaît, laissant derrière elle sa valise…

De courir parfois, mon regard s’arrête

« Lorsque nous pensons à ces choix qui auraient pu changer tant de choses dans nos vies, “how many roads must a man work down, how many seas must a white dove sail…”, nous pouvons ne plus y penser ou bien au contraire essayer d’imaginer ce qu’elles auraient pu devenir et les raconter avec une plume, un clavier ou un pinceau. C’est ainsi que nous avons plusieurs vies. »

Dans ce second opus, Philippe Virolle explore l’abandon, l’enfance fauchée, l’absence ou la vieillesse. Dans le style fluide qui le caractérise, il cherche dans ses souvenirs des réponses à son violent ressenti du présent.

La plume est sombre, les références s’imprègnent de philosophie. Mais derrière les mots durs et les sentiments sans concession, se trouvent un rêve inachevé et un regard singulier qui nous proposent de transcender nos déterminismes. En filigrane se cache une musique, probablement ce concerto de Beethoven auquel l’auteur se raccrochait dans le tumulte de sa solitude enfantine.

Vagabondage identitaire

« Il faisait bien attention de ne jamais nous montrer sa nudité. Il usait des parures les plus étranges, jamais je n’ai vu quelqu’un s’enlaidir avec autant d’acharnement.
Mais, la chair souvent veut prendre la parole et il faut qu’il s’en aille. Il m’oublie, fait son chemin. Il m’a dit être à la recherche de son père, je n’ai pas osé lui dire qu’il n’a jamais existé. »

Voyage initiatique intérieur et sensuel, «Vagabondage identitaire» rassemble un bouquet de cris sourds qui dénonce l’amour, le quotidien, la frénésie de la tendresse et la terrible force de la nature et du monde qui nous entoure.

Le verbe est métaphorique, délibérément cryptique, libéré dans des transes mystiques qui font naître dans l’esprit du lecteur des images étranges, divinement humaines et chatoyantes d’obscurité.

Vous en reprendrez bien une becquée

« Comme beaucoup de femmes de son âge nées avec le vingtième siècle et qui donc avaient connu deux guerres, bien nourrir sa famille, ses enfants, ses petits-enfants relevait presque de l’instinct puissant qui préside à la conservation de l’espèce. Femme elle était, mère aussi et surtout, participant avec toutes les autres au relèvement d’une population deux fois clairsemée par les obus et la mitraille. Et, quelque part, c’était aussi pour elle une manière de revanche sur les faits de vie qui ne l’avaient pas épargnée, en même temps que de tout son être, elle mettait sa progéniture à l’abri d’éventuelles redites de ce qui l’avait meurtrie. »

Conscient de ne pas avoir tout raconté dans Vous m’en direz tant, Jean-François Costa reprend sa plume pour en libérer les pensées qui l’animent. De ses souvenirs d’école à ses observations de la société, il dépeint des tableaux urbains soulevant des comportements qui parleront au plus grand nombre. Il transmet ainsi ses leçons de vie avec délicatesse et subtilité.

Constats sans équivoque, attitudes consternantes, douceur de vivre, actualité corrosive, d’une page à l’autre l’auteur balaye ses expériences pour révéler toute l’étendue de sa nostalgie. À la fois malicieux et plein d’autodérision, il en retient finalement qu’il faut garder l’espoir de croire que dans toute gangue peut se cacher la pierre rare.

Tam-tam

« Ils voyagent pour visiter les grands-parents en Galilée, sur une route sinueuse, à travers des espaces verts, où s’épanouissent des fleurs de toutes les couleurs. »

D’un tissu de souvenirs, Maguy Loui Barda peut tirer le fil et en coudre une histoire. D’une vie à l’autre, ce recueil de textes recouvre ainsi plusieurs récits retraçant une nostalgie d’un temps passé, une émotion éprouvée ou encore des traditions estimées.

Au fil des pages, l’on traverse Tunis, Paris, des paysages, des odeurs… La plume colorée et poétique de l’auteur dépose subtilement la chaleur d’une âme et dévoile une sensation fugace : un sentiment de voyage qui nous étreint pour mieux nous laisser repartir.

Nouvelles brèves

« Comme s’il suffisait de monter six étages à pieds. Comme s’il suffisait de lever les yeux dans la nuit, de trouver dans l’immobilité des étoiles une espèce de jet d’osselets. La solitude n’a rien de virginale, on n’est pas en Asie. Vous, les humains, croyez que la tristesse est rédemptrice, que les larmes, parce qu’elles sont incontrôlables, réparent comme une eau miraculeuse… »

Paul, Philibert, Tristan, Emma, Louise et tant d’autres ont des vies presque banales. Soudain, c’est le quotidien qui s’interrompt, le silence qui se fait, le temps qui se fige. Sur une rencontre, tout bascule. Le monde lui-même devient fantasmagorique.

Courts et ciselés, ces récits sont autant d’instantanés, de ces photos prises au flash et qui vous aveuglent. Le temps de quelques pages tournées comme on marche au bord d’une falaise. Hugo, Kadia, Nelia ou Arnaud pourraient être n’importe qui… Vous, peut-être ?

De cette enfance passée dans un lugubre pensionnat, Philippe Virolle n’en perdra jamais le goût amer et l’étau de la solitude. Son combat contre ses fantômes est celui de toute une vie : ainsi, les personnages de ses nouvelles cherchent sans cesse le regard et l’amour de l’autre, et se cognent aux murs de leur pensionnat. Car dans son monde imaginaire, tout est possible, mais il n’y a que deux issues : aimer ou mourir.

Vous m’en direz tant

« Pépère a fait claquer, en le refermant, la lame du couteau qu’il a glissé dans la poche de son pantalon de velours beige. Il a repoussé son assiette, balayé du tranchant de la main les miettes de pain restées devant lui et les a mises dans sa bouche, puis en se levant il s’est recoiffé de la casquette qu’il avait déposée sur l’un des montants du dossier de sa chaise. Mémère à son tour a quitté la table pour se rendre à la cuisine et réchauffer le café qu’elle a passé ce matin avec un peu de chicorée dans la vieille cafetière deux corps en aluminium. »

D’hier à aujourd’hui, les souvenirs se délient et réveillent tour à tour la joie, la douleur et l’insouciance. Sous la plume de Jean-François Costa, renaissent les effluves d’un lapin finissant de cuire dans sa sauce rousse, les larmes d’émotion de sa grand-mère, ses bêtises d’écolier, la couleur du blé qui n’est pas encore tout à fait mûr, l’angoisse de la Guerre d’Algérie et le son de la casserole toute bosselée dans laquelle frémit le café. Malicieuses, légères et pleines d’autodérision, ses anecdotes prennent l’apparence d’une fable comme pour mieux se laisser conter à ses enfants, qui découvrent encore avec étonnement qu’il a vécu avant de devenir leur père.

C’est après un grave accident de santé que Jean-François Costa a éprouvé le besoin impérieux de traduire en mots ses sensations, dont il sait aujourd’hui combien on peut craindre qu’elles puissent être les dernières et qu’avec elles finira une existence. Face à cette nécessité de transmettre, il prête à sa mémoire une plume simple et ô combien lumineuse, chargée de tendresse et de nostalgie. Car ce sont ces instants de rien, au fond, qui ont valeur de tout.

Mes crayons en noir et blanc

« Dans un coin de France, un petit garçon traîne sa curiosité devant ma fenêtre. Alors je sors et on va jouer aux billes. Un peu plus loin, c’est une troupe d’ados qui m’invite à la grande musique des années 70, toile de fond de notre amitié et de nos infidélités.
Puis vient le temps des percussions amoureuses et des cicatrices de l’âme. Je vous suis parce que vous me rendez heureux. Même si parfois vous m’agacez. »

C’est au fil du temps que les souvenirs parfois se décolorent en noir et blanc, souvent au seul profit du beau. Théâtrales autant qu’intimes, les nouvelles de Pierre Chassagne s’enchaînent et se succèdent comme autant d’instants précieux par leur sincérité.

Réunis en une formidable fanfare littéraire, tous ceux dont il a croisé le chemin jouent sans relâche la symphonie fondamentale d’une vie. Du bout de ses crayons comme s’il s’était agi d’une baguette, l’auteur prend le pouls, donne la cadence, et dirige les premières pages d’une partition humaine. Un solo de solitude, un festival aux quatre vents, une foire d’empoigne… Un récital pour l’amour !

D’azur et d’argent

« Vautré dans son fauteuil – l’esprit embrumé par le whisky – Francesco lut dans un magazine cette recommandation : Vous avez raté votre vie, réussissez votre mort. »

Les nouvelles de Leo Cavallo sont très semblables au spritz, ce cocktail, prétexte à l’un de ses récits : à la fois pétillantes et douces-amères ; elles ont ce je ne sais quoi qui fait tout le charme de l’Italie et sont la démonstration que l’humour est la politesse du désespoir.

Laissez-vous entraîner dans cette joyeuse ronde de paysages sublimes, de jolies femmes, de motos rugissantes et de cuisine ensoleillée, qui tourne autour d’un même thème : la fin d’un être ou celle d’un objet.

D’aucuns ont opposé à la nouvelle – Coup d’un soir – le roman – Grande histoire d’amour – Peut-être… en tout cas, ces nouvelles sont de très bons coups !

Petits bouts de rien

« Et vous plongez dans la foule qui s’écrase les pieds de manière organisée, sans pardon, avec un regard qui ne voit rien que le vêtement désiré, fantasmé, admiré, deux semaines avant, dans la devanture d’une boutique, mais trop cher pour leurs moyens qui sont toujours insuffisants au regard de leurs désirs. Retour à la vie, la vraie. »

Comment résoudre l’équation du bonheur ? La force de l’âge rend la quête plus simple. Tout l’exercice consiste à retrouver la capacité à s’émerveiller. La solution devient alors évidente : vivre pleinement l’instant présent.

Du quotidien jusqu’aux réflexions intimistes, Loup Francart raconte ce qui compose les mille moments de l’existence. Les instants poétiques où les parisiennes flottent sur les trottoirs, ceux de la déclaration d’impôts, plus prosaïques, ou encore l’irruption d’un sentiment d’éternité au détour d’un chemin, le défi des artistes face à l’infinité des combinaisons de la création, les petits changements de société transformant les regards et les relations.

De l’humour, de la tendresse, de l’ironie, de la nostalgie, avec un regard poétique ou méditatif qui transporte le lecteur dans les mystères de la vie et du bonheur.