Thème : Romans

Au-delà des rapides

« Il a le sentiment de payer aujourd’hui l’addition de tous ses errements passés. Sans se positionner vraiment en victime, il s’est toujours comporté comme si on lui devait cette réparation de la mort brutale de ses parents. À force de recevoir, il a oublié de donner. »

Guillaume Bontemps mène sa vie avec désinvolture. Errant d’emplois intérimaires en histoires d’amour écourtées par sa volonté de ne pas s’engager, il végète, jusqu’au jour où un fait divers sanglant lui donne envie de revenir dans sa ville natale. Mais on ne remonte pas toujours impunément le courant de son existence. La beauté des souvenirs ne résiste pas au temps qui passe…
Enseignant à l’IUT de Saint-Nazaire, Jean-Claude Samoyeau a dans d’autres vies été agriculteur, intermittent du spectacle et a travaillé dans la presse. Après « Le Chapeau », son premier roman, il suit les pas d’un nouveau héros, ballotté au gré des événements.

Quand ta vie entame une valse

« Odile et Roger avaient repris leurs vélos, et quitté les bords du lac d’Annecy. Beaucoup de bonheur se lisait sur leur visage. Il y avait le plaisir à faire rouler leur gomme sur ces routins, mais surtout, l’aventure qui commençait, accompagnée par le son des roues jouant dans le vent, leur rafraîchissant les mollets. »

Après son licenciement, Roger décide de partir avec son épouse en mode démodé : à vélo, à l’affût du nulle part et de l’ailleurs, au gré de leurs envies. Sans smartphones, sans internet, ils reprendront une communication épistolaire avec leurs proches pour renouer avec la beauté de l’écrit. Un formidable saut dans le passé piqueté de rencontres inoubliables, qui les amènera à profiter pleinement du présent.
Savourer la liberté sous toutes ses formes, capter l’instant, Philippe Billard excelle à saisir les paillettes de joie que nous offre la vie. Après « Le cadeau des anges » et « Ma dernière cavale avec le chien Marcel », retrouvons sa plume déliée et son sens du dialogue, pour notre plus grand plaisir.

Silence, on tourne ! Fugue Indienne

« Peu à peu, les lavandières s’installent pour nettoyer le linge dans le courant infect pour les impies ou les existentialistes athées absurdes qui, tel saint Thomas, ne croient que ce qu’ils voient. Vous demandez en vain une rémission en tournant votre regard vers l’autre rive déserte, qui n’est autre que celle, non moins enviable, des morts. Si vous y planez rêveusement, aimanté par la quiétude régnante, vous sentirez peut-être le souffle romantique de l’âme des défunts dont vous repousserez, écœuré, les avances enjôleuses, vous qui préférez mille fois la vallée de larmes du terrestre séjour. »

C’est lors d’un luxueux voyage organisé que se rencontrent Sadi, un écrivain en quête d’inspiration et de succès, et Justina, séduisante actrice. Au fil de leur parcours, leurs liens se nouent et se dénouent et la réflexion sur l’art côtoie les plus anciens monuments de l’Inde éternelle.

Un voyant à Paris

« Qui sera l’heureux élu ? Louis Riva devait désigner son successeur, comme guide suprême de la Ligue des voyants, avant la fin du mois de mai de l’an deux mille seize. Le deux juin il partira vivre en Grèce définitivement sur une île de la mer Egée, dont le nom n’a pas été dévoilé aux vingt-deux autres membres de cette Ligue. »

Avril 2016 : Louis Riva décide de quitter les paisibles rives du lac d’Annecy pour finir sa vie sur une île. Mais avant de partir, le guide spirituel de la Ligue des Voyants a une dernière tâche à accomplir : celle de désigner son successeur. De sa chambre d’hôtel parisienne, il soulèvera cette question et bien d’autres encore quant à l’essence de l’humain avec ses compagnons de la Ligue et autres figurants de son existence. Reste-t-il des voyants de nos jours ?
Auteur prolifique de poèmes, saynètes et récits philosophiques, Marc Moulines privilégie la forme dialoguée dans ses textes. L’éclectisme de ses passions littéraires donne le jour à l’expression d’une pensée refondatrice.

Lulu

« L’enfant n’aime pas non plus se mêler aux jeux de son frère qui joue au fermier, à la guerre et qui déguerpit vite dans le village pour partager ses occupations avec les autres gamins. Lui, au contraire, reste dans la cour de la ferme, solitaire, perdu dans d’autres pensées. Il ne cherche pas la compagnie. »

Lucien naît dans une famille paysanne quelque part en Haute-Loire, à l’orée des années soixante. Peu sociable, il vit dans sa bulle. Lorsque le diagnostic de trouble mental tombe, le cercle familial s’effondre. Lulu vit alors entre les deux femmes de sa vie, ses piliers, sa mère et sa grand-mère.
Un médecin qui l’examine résume en une phrase son handicap : « Quand un enfant regarde, il paraît ne pas entendre, lorsqu’il écoute, il paraît ne pas voir ».
Lulu grandit, non sans difficultés et en dépit des moqueries, sans suivi psychologique ni structure adaptée, jusqu’au pire.
Sensible, encore et toujours, à la différence, Maryse Mezard poursuit son exploration des campagnes du Velay. Cette fois, elle aborde son pays de cœur sous l’angle psychosocial, à une époque où naître autiste était une malédiction.

La valse des fragments

« Chères lectrices, Chers lecteurs, la mer n’en finira pas de nous bercer ;  ouvrons la porte sur la plage ! Ça partira dans tous les sens, on lira, on ne lira pas, là où l’on veut, il n’y a pas de direction, en bas en haut, en haut en bas, à gauche à droite, à droite à gauche.
Dans tous les sens, dans n’importe quel sens, peu importe le lieu, il importe de lire, dansons ! C’est une valse ! »

Une valse à tant de temps qu’on ne les compte plus. Dans ce septième opus, Jean-Joël Lemarchand nous entraîne à sa suite dans cette danse endiablée, faite de morceaux d’émotions, de chair, de tout. Les mots donnent le ton, la cadence et le rythme dans chacun de ces micro-récits qui forment un ensemble et célèbrent la mélodie de la prose en se glissant dans la peau d’une foule de protagonistes hauts en couleurs.
Originaire de Granville dans la Manche, anciennement élu en région parisienne, Jean-Joël Lemarchand voue aux mots une passion indéfectible. Retrouvons ici le mordant de sa plume si singulière.

Faut pas réveiller les morts

« Comprendre comment il est possible qu’un homme célèbre et riche comme toi abandonne femme, profession, richesse, les commodités de la vie, commette un meurtre abominable pour se réduire à mener une existence de zonard… Tu me dois une explication. Je révélerai jamais à personne ton secret, je te jure… Après, je peux te buter en paix. »

Marseille. Un agent d’investigation privée est chargé d’assassiner un écrivain franco-américain de renom, le commanditaire n’étant autre que l’épouse de ce dernier. Cette mission va amener notre homme à se rapprocher de sa cible, avec laquelle il développe un rapport de plus en plus ambigu… Un récit tout en rebonds et joutes verbales animées.
Giorgio De Piaggi est originaire de Gênes. Il a exercé la fonction de lecteur de langue et de culture italiennes à la Faculté des lettres d’Aix-en-Provence puis enseigné la littérature française aux Universités de Salerne, de Bologne et de Gênes. Professeur émérite, Officier des Palmes académiques, il est membre du Conseil d’Administration de l’Alliance Française de Gênes, et ancien membre de la Società Universitaria per gli Studi di Lingua e Letterarura francese. Après sa retraite en 2005, il se consacre à l’écriture narrative. Il est l’auteur d’« Un jour à Marseille », « Ô Sorbonne ! » et « Une étrange aventure », parus aux Éditions du Panthéon.

La queue du lézard

« Il lui fallait toujours être impeccable, forte de ses compétences, susciter l’admiration, recevoir des compliments. Un besoin de reconnaissance chevillé au corps, porteur de tous les dépassements et responsable de toutes les détresses. Bientôt, elle pourrait faire taire cet impitoyable juge intérieur en arrêtant de se fixer des objectifs trop élevés. En limitant les «  il faut  » et les «  je dois  ». Bientôt, elle pourrait lâcher prise, enfin ! »

Avec «  La queue du lézard », Muriel Batave-Matton nous livre le septième opus d’une fresque humaine orchestrée de main de maître. On y retrouvera d’un côté Anne, sur le point de prendre sa retraite, et de l’autre Mathieu et Pauline, qui se questionnent sur le déroulement de leur futur. Quel est le rôle de la transmission, dans ces relations ? On observera à travers ces personnages aux émotions bien réelles, ciselées avec finesse, un cycle sans cesse renouvelé, celui de la vie humaine qui se prolonge à l’infini, déjouant la mort, au propre comme au figuré.
Muriel Batave-Matton reste fidèle aux auteurs réalistes du XIXème siècle qui ont baigné sa jeunesse et ses études littéraires. Analyste éclairée de ses semblables, elle excelle à traduire les sentiments de ses personnages avec lucidité et pertinence. Son écriture rythmée nous emporte dans son élan, de la première à la dernière page.

Miracle d’un jour

« Mais ce secret de famille semait des indices, une atmosphère, le goût d’une couleur, une manière de se tenir, d’aimer, des messes basses, une signature, une musique déchirante.
Ce fardeau épouvantable qui lui rongeait l’esprit refaisait inlassablement surface, telles les vagues d’une mer déchaînée.
Frédérique savait au fond d’elle-même qu’elle n’était pas heureuse, mais elle savait très bien faire croire aux autres que tout était parfait dans sa vie et donner l’image de la sérénité, mais elle était toujours insatisfaite, et ignorait ce qui pourrait la combler. »

Frédérique retrouve sa mère biologique, mais son passé la ronge et la fait voyager jusqu’à Saint-Pétersbourg. Victoire rencontre le mystérieux Bruno, avec qui elle échangera des lettres passionnées. Jeanne s’engage pour une mission humanitaire en Afrique, mais lorsqu’elle doit rentrer, elle est amenée jusqu’à Londres, un jour d’attentat… Trois destins de femmes se croisent au fil des lignes de ce roman au rythme effréné, mêlant vengeance, meurtre et passion.
Les héroïnes de ce second roman de David Arroyo luttent, se débattent contre un passé qui les vampirise. Ne jamais baisser la garde, sinon…

Écorché

« Un système qui ne sert qu’à battre monnaie et qui a détruit tout ce que l’art peut apporter à notre culture. Mettre un coup de pied dans cette vieille fourmilière institutionnelle qui a corrompu les marchés, le ministère de la Culture et fait que l’art ne symbolise plus que le profit. Les battre sur leur terrain avec leurs armes, leurs piquets, leurs réacs si importants à leurs systèmes. »

Benjamin Langlois, jeune galeriste arrogant et désabusé, est à la recherche du « coup » qui lui permettra de rafler la mise sur le marché de l’art contemporain.
Lorsqu’il entend parler d’une modification de la loi qui tend à légaliser la vente d’organes, il a une idée…
Est-il possible d’acheter et de vendre des tatouages humains ? Pourquoi ne pas spéculer sur cet art éphémère ?
Aidé de ses amis les plus proches, Alan, un avocat et Roni, un tatoueur de renom, il ira jusqu’au bout de ce sinistre projet.
Ce roman est une critique de l’art contemporain autant qu’un hommage au monde du tatouage.

Un jaguar sur un vélo

« Mon ami, tu crois que tu vas revenir en Belgique indemne, en racontant à tes collègues que tu as bien voyagé ? Avec de belles photos ? Eh bien, tu te goures complet. Quand on a posé un pied en Amérique latine, ce n’est pas un acte anodin, tu ne verras plus les choses de la même manière, tu n’aimeras plus les frites et la gueuse. Ton âme sera ancrée ici pour toujours.»

Un homme ordinaire, sur une impulsion extraordinaire, décide de visiter le Mexique à vélo. Ce voyage à la lenteur exquise lui permet de s’imprégner des trésors naturels, citadins comme humains de ce pays… et de devenir un véritable aventurier ! De contemplation douce en situation fantasque, il se laissera emporter par le fabuleux contraste mexicain et découvrira, avec ses compagnons rencontrés en chemin, des richesses insoupçonnées…

L’homme providentiel

« D’aussi loin qu’il se souvienne, les gens l’ont toujours intéressé, il aime les observer, les écouter, au-delà des paroles, dans leurs gestes, leurs attitudes, leurs vibrations, leurs regards.
De ce langage verbal et non verbal, il déduit des sensations de bien-être, de mal-être, de maladie, de soucis qui, à sa grande surprise, se confirment lors des semaines, des mois à venir.
En un premier temps, il attribue cette aptitude à une forte intuition, sans se douter qu’il possède un don de clairvoyance. »

Marc a besoin de savoir qui il est vraiment. Il décide de partir, seul, sur les chemins de Compostelle.
Porté par une foi inébranlable, il se confronte à lui-même dans une nature bénéfique, se découvrant des ressources intimes, insoupçonnées. Grâce aux rencontres faites au long de son périple, son regard change, mute, s’enrichit au contact de l’humain. Une prise de conscience de sa force intérieure et de ses dons d’humanité qui vont changer le cours de sa vie.

À la découverte de Rouen

« Non ? Vous ne savez pas ce qu’est un jubé ? Ce n’est pas sérieux, hein ? Bon, je vais vous le préciser. Mais faudra être plus attentif à mes explications, n’est-ce pas ? Dans une église, le jubé est une tribune formant une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef. »

Antoine voyage, avide de découvrir les merveilles du monde. Son premier périple l’emmène à Rouen pour un séjour qui se révèle particulièrement riche en découvertes. Visites de monuments et rétrospective complète de l’histoire de la cité sont au menu. Suivez le guide !
Née près de Rouen, Isabelle Renault se passionne pour l’histoire de sa région. Après un premier recueil de poèmes, « Instant présent » (2018), elle convie aujourd’hui ses lecteurs à une balade commentée dans la capitale historique de la Normandie.

Meurtres autour du passé

« Une semaine passa. Un mois d’octobre particulièrement ensoleillé laissa place à un mois de novembre plutôt maussade. L’enquête n’avançait pas, elle avait plutôt tendance à stagner, le peu de piste s’envolant au fur et à mesure des jours. Pourtant, je savais que c’était l’unique chance de me refaire une réputation dans le milieu. »

Plongé dans une enquête macabre, directement liée à son passé, l’inspecteur Lucas Telou tente de garder la tête froide. Sous la menace d’un chef acariâtre, il lui faut résoudre coûte que coûte cette affaire pour pouvoir conserver son poste.
Pour l’aider, Cyril, le séduisant médecin légiste dont le charme ne le laisse pas insensible…

Les pénitents de Breizh

« Sur le chemin qui conduit à la maison des Lyvinec, le docteur le Galès s’interroge encore, bien que ces signes cliniques soient très alarmants. « Qu’est-ce qui a bien pu se produire en l’espace de cinq petites heures, qui pourrait expliquer la dégradation brutale de l’état de santé de Jozon ? Aurait-il ingéré entre-temps quelque produit toxique, comme semblent l’indiquer les symptômes décrits par son fils aîné ? » Le médecin est curieux de le savoir et tout de même impatient de connaître le fin mot de l’histoire. »

1788. Le bruit court à Saint-Vougay, dans le Haut-Léon en Finistère, que Gabrielle, héritière du marquisat de Kerjean s’est laissé séduire par Goulven, le fils du forgeron du château.
Afin de laver cet affront, Jozon, le père du galant, demande au marquis Édouard de Hautefort la main de Gabrielle pour son aîné. Le châtelain refuse de déroger et rumine un plan diabolique. La nuit de Noël, tandis que Jozon bat le fer sur l’enclume, l’Ankou, le messager de la mort fait une terrifiante apparition. Les croyances ancestrales liées au trépas sont vivaces en Bretagne. La peur du forgeron est telle que son cœur fragile se brise. Délivré de l’importun, Édouard donne un bal pour les dix-sept ans de sa fille à l’issue duquel elle désignera son futur époux ou prendra le voile. Résignée à faire un mariage de raison, Gabrielle tombe dans les griffes d’un libertin, le marquis de Beauregard.
Grâce aux idées nouvelles propagées par les philosophes des Lumières, les amants déchus triompheront-ils des obstacles liés à leur rang ?
Sur fond de Révolution, l’intrigue policière et amoureuse nous amène à croiser des personnages attachants qui, parfois, nous glacent le sang. Les sentiments les plus purs de la condition humaine s’affrontent en un duel éternel et universel : amitié, désir, passion ; trahison, jalousie, haine ou vengeance. Si l’honneur est le maître mot, l’infamie est à l’affût tandis que vice et vertu s’unissent en un même lit. Sous les faux-semblants, enfouie dans le secret des âmes, aussi blessante que le tranchant d’une lame acérée, la vérité éclate comme un rayon de soleil dans un ciel obscur.

Libraire malgré lui

« Il a passé la journée à pleurer sur son sort. Entre canapé et balcon. Une journée à s’interroger, à tout mélanger, à râler. Et ses pas, ce soir, le ramènent à la librairie. Il est plus de dix-neuf heures, mais les lumières de la devanture trouent la nuit. Et derrière la vitrine, les yeux verts. Elle est là, qui range, qui nettoie, qui s’affaire. Elle ne l’a pas remarqué, dans la rue, alors il en profite pour la regarder, tranquillement, longuement. »

Ce que David aime ? Faire du vélo, regarder le foot… et rien d’autre. Alors imaginez l’encombrant fardeau lorsque, bien malgré lui, il hérite d’une librairie ! Il lui faut la vendre au plus vite, pour reprendre le cours de son existence. Et tant pis s’il doit mettre tout le monde à la porte, y compris la belle libraire aux yeux verts… Sa vie devient un roman tout en rebondissements, auquel il espère bien mettre un terme rapidement.

Basta

« La vie de l’immigrant diffère de celle des résidents du pays d’accueil, car à son arrivée, il affronte un mode de vie différent à tous les points de vue de celui de son pays d’origine.
L’immigrant se trouve dans le besoin continuel de faire la comparaison entre les coutumes et les traditions pratiquées dans son pays d’origine et celles du pays qui l’a adopté. (…) Il doit faire des compromis et adopter ce qui lui convient le mieux pour vivre en équilibre avec ses nouveaux compatriotes.»

Petit-fils d’immigrés libanais, originaires de l’arrondissement de Basta, à Beyrouth Ouest, et installés au Canada durant la guerre civile, Labib est très proche de ses grands-parents avec lesquels il discute souvent. Au cœur de leurs conversations revient, tel un leitmotiv, la question de l’adaptation du nouvel arrivant dans son pays d’accueil. Quelles traditions conserver et quelles autres laisser derrière soi ? Première et troisième génération ont chacune leur mot à dire.

La main sur le corps

« Quand elles se sont vues la première fois, leurs regards ont fait des étincelles comme des lucioles dans la nuit et même des éclairs, des décharges électriques. Elles ne savent pas encore ce qui les attend, mais elles le pressentent : une amitié totale et réciproque, sans doute scandaleuse, un rejet des autres, une incompréhension de la famille, une singularité lourde à porter, un insupportable silence, une déchirure assurée et des souvenirs de cristal, de ceux qui se brisent net, irréparables. »

Deux adolescentes, fières et attachantes représentantes des sixties, éprouvent dès leur rencontre un attrait irrépressible l’une pour l’autre. Bravade, rejet dépité des garçons ou appel de la nature imprévisible ? Amitié, admiration, amour ambigu se mêlent dans les yeux, les mains et les cœurs de ces jeunes filles, elles qui cherchent leur place dans un monde qu’elles arpentent et affrontent de concert, et qui fait tout pour les séparer.
Devenues adultes, les deux anciennes amies se retrouvent par hasard, bouleversées, et évoquent leurs parcours si opposés. Elles s’interrogent sur leur passé, leur résilience, leurs blessures, la destinée…
À quel moment se sont-elles fourvoyées ? Question existentielle, lancinante et vaine, quasi métaphysique qui taraude plus ou moins consciemment les personnages puisque jamais on ne retourne en arrière.

Elle habitait à Sandwich

« Non, ceux qui sont partis n’ont pas de facto réussi.
Pourquoi tu ne nous as pas dit, ma belle société :
Que tes émigrés s’éprouvent dans leur propre déchirement et se trouvent parfois dans des conditions minables ?
Qu’ils goûtent tous les jours à la saveur de la séparation ?
Qu’ils ne sont pas en absolu des chanceux ?
Et que même s’ils se sont éloignés des risques qui les guettent à chaque instant, et que même s’ils croient avoir sauvé leur peau et celle de leurs enfants, ils ont parfois des cadavres dans leurs placards ?

Thérèse, Franco-Libanaise vivant à Sandwich, Midwest, a claqué la porte sans se retourner. À trente-sept ans, elle se questionne sur les raisons de son émigration et se demande si elle a fait les bons choix en suivant son mari aux États-Unis, dix ans auparavant. Cet exil, la fondation de sa famille et l’établissement de la réussite de son époux ont longtemps occupé son esprit… Aujourd’hui étreinte par une indicible nostalgie, elle remet tout en question, pour le meilleur ou pour le pire.

Le condamné

« Avec mon effondrement judiciaire, j’ai appris à hiérarchiser les coups durs. Ainsi, la perte de mon travail arrivait seulement en troisième position dans l’échelle de gravité de mes peines, derrière la prison et le divorce. Même le dégoût se banalise. J’accusais réception des mauvaises nouvelles, mais ma désocialisation me rendait insensible. »

Accusé du pire des crimes, reconnu coupable et condamné à la perpétuité incompressible, il purge sa peine, de longues années, avant d’être libéré en un coup de théâtre dont la société a le secret. Innocenté par la science mais encore à la marge, il fait ses premiers pas d’homme libre.
Alors qu’on lui parle de « malheureuse méprise », qu’on lui demande de ne pas faire de vagues, il rêve de voir l’effroi dans les yeux de ceux qui l’ont unanimement rejeté : épouse, parents, amis. Reprendre le cours d’une vie brisée, retrouver l’amour, le narrateur ouvre la porte d’un nouveau monde, celui de la résilience sans oubli.
Récit à la première personne, construit en courts chapitres incisifs, « Le condamné » met en exergue les valeurs humanistes que l’espace social ne possède plus, seules capables, peut-être, de sauver l’innocent de la folie.