Thème : Romans

La queue du lézard

« Il lui fallait toujours être impeccable, forte de ses compétences, susciter l’admiration, recevoir des compliments. Un besoin de reconnaissance chevillé au corps, porteur de tous les dépassements et responsable de toutes les détresses. Bientôt, elle pourrait faire taire cet impitoyable juge intérieur en arrêtant de se fixer des objectifs trop élevés. En limitant les «  il faut  » et les «  je dois  ». Bientôt, elle pourrait lâcher prise, enfin ! »

Avec «  La queue du lézard », Muriel Batave-Matton nous livre le septième opus d’une fresque humaine orchestrée de main de maître. On y retrouvera d’un côté Anne, sur le point de prendre sa retraite, et de l’autre Mathieu et Pauline, qui se questionnent sur le déroulement de leur futur. Quel est le rôle de la transmission, dans ces relations ? On observera à travers ces personnages aux émotions bien réelles, ciselées avec finesse, un cycle sans cesse renouvelé, celui de la vie humaine qui se prolonge à l’infini, déjouant la mort, au propre comme au figuré.
Muriel Batave-Matton reste fidèle aux auteurs réalistes du XIXème siècle qui ont baigné sa jeunesse et ses études littéraires. Analyste éclairée de ses semblables, elle excelle à traduire les sentiments de ses personnages avec lucidité et pertinence. Son écriture rythmée nous emporte dans son élan, de la première à la dernière page.

La race des seniors

« – L’objectif est le suivant : se faire entendre pour que nous puissions être maîtres de notre destin et ce même si nous tirons nos dernières cartouches, alors que nous avons tous plus de 70 ans et que tout le monde nous prend pour des gâteux ralentis.
– Eh bien oui, nous sommes ralentis, surenchérit Jacques, mais nous avons l’expérience, le nombre et la disponibilité… Tu vas voir ralenti ! Nous sommes tous à moitié insomniaques, ce qui nous donne encore plus de temps pour mettre en place nos projets Tu vas voir ce que ce que c’est que d’être ralenti ! »

« Ce n’est pas parce que l’on a un pied dans la tombe qu’on doit se laisser marcher sur l’autre ». Ainsi s’ouvre ce roman ; le ton est donné : pugnace.
Un groupe d’amis ayant tous allégrement dépassé l’âge pivot réunissent leurs forces et leurs envies pour échapper au consumérisme et au tout-jetable, ce dernier incluant les personnes dites d’âge mûr.
Leurs enfants puis le gouvernement en place ne faisant pas cas de leurs revendications, niant leur existence, ils créent un parti politique symbole de leur capacité à vivre ensemble, de façon autonome. La guerre des générations est une réalité, alors autant prendre le taureau par les cornes…
Fiction ancrée dans une réalité ô combien actuelle, « La race des seniors » scande que la vie est belle à tout âge.

Le retour du roi Rudolf Duala Manga Bell

« C’est notre icône à jamais. Il avait un regard insoutenable, plein de clairvoyance, qui enflammait. C’était un baobab. Dans nos sociétés africaines, on a toujours un arbre qui nous donne un peu de vent et d’ombre. Quand cet arbre tombe, il faut attendre longtemps pour qu’un autre repousse et donne de l’ombre. »

Rudolf Manga Bell fut un roi d’exception, à l’époque de la colonisation allemande. Prêt à tous les sacrifices pour son peuple, il est l’incarnation même du nationalisme camerounais. Cela, personne ne l’ignore. Accusé de trahison, il fut pendu le 8 août 1914 à Douala. Dans ce récit, l’auteur imagine un retour de cet illustre personnage et les conseils et avis qu’il pourrait prodiguer à nos contemporains.
Calvin Djouari aborde l’histoire de son pays natal, le Cameroun, sous un angle original et patriote. Honoré, en 2019, du titre de meilleur écrivain de la diaspora pour son roman Quand elle passait, Calvin Djouari est également l’auteur de Revoir Yangba et Nkongsamba (Grand Prix Aimé Césaire).

L’homme providentiel

« D’aussi loin qu’il se souvienne, les gens l’ont toujours intéressé, il aime les observer, les écouter, au-delà des paroles, dans leurs gestes, leurs attitudes, leurs vibrations, leurs regards.
De ce langage verbal et non verbal, il déduit des sensations de bien-être, de mal-être, de maladie, de soucis qui, à sa grande surprise, se confirment lors des semaines, des mois à venir.
En un premier temps, il attribue cette aptitude à une forte intuition, sans se douter qu’il possède un don de clairvoyance. »

Marc a besoin de savoir qui il est vraiment. Il décide de partir, seul, sur les chemins de Compostelle.
Porté par une foi inébranlable, il se confronte à lui-même dans une nature bénéfique, se découvrant des ressources intimes, insoupçonnées. Grâce aux rencontres faites au long de son périple, son regard change, mute, s’enrichit au contact de l’humain. Une prise de conscience de sa force intérieure et de ses dons d’humanité qui vont changer le cours de sa vie.

À la découverte de Rouen

« Non ? Vous ne savez pas ce qu’est un jubé ? Ce n’est pas sérieux, hein ? Bon, je vais vous le préciser. Mais faudra être plus attentif à mes explications, n’est-ce pas ? Dans une église, le jubé est une tribune formant une clôture de pierre ou de bois séparant le chœur liturgique de la nef. »

Antoine voyage, avide de découvrir les merveilles du monde. Son premier périple l’emmène à Rouen pour un séjour qui se révèle particulièrement riche en découvertes. Visites de monuments et rétrospective complète de l’histoire de la cité sont au menu. Suivez le guide !
Née près de Rouen, Isabelle Renault se passionne pour l’histoire de sa région. Après un premier recueil de poèmes, « Instant présent » (2018), elle convie aujourd’hui ses lecteurs à une balade commentée dans la capitale historique de la Normandie.

Libraire malgré lui

« Il a passé la journée à pleurer sur son sort. Entre canapé et balcon. Une journée à s’interroger, à tout mélanger, à râler. Et ses pas, ce soir, le ramènent à la librairie. Il est plus de dix-neuf heures, mais les lumières de la devanture trouent la nuit. Et derrière la vitrine, les yeux verts. Elle est là, qui range, qui nettoie, qui s’affaire. Elle ne l’a pas remarqué, dans la rue, alors il en profite pour la regarder, tranquillement, longuement. »

Ce que David aime ? Faire du vélo, regarder le foot… et rien d’autre. Alors imaginez l’encombrant fardeau lorsque, bien malgré lui, il hérite d’une librairie ! Il lui faut la vendre au plus vite, pour reprendre le cours de son existence. Et tant pis s’il doit mettre tout le monde à la porte, y compris la belle libraire aux yeux verts… Sa vie devient un roman tout en rebondissements, auquel il espère bien mettre un terme rapidement.

Basta

« La vie de l’immigrant diffère de celle des résidents du pays d’accueil, car à son arrivée, il affronte un mode de vie différent à tous les points de vue de celui de son pays d’origine.
L’immigrant se trouve dans le besoin continuel de faire la comparaison entre les coutumes et les traditions pratiquées dans son pays d’origine et celles du pays qui l’a adopté. (…) Il doit faire des compromis et adopter ce qui lui convient le mieux pour vivre en équilibre avec ses nouveaux compatriotes.»

Petit-fils d’immigrés libanais, originaires de l’arrondissement de Basta, à Beyrouth Ouest, et installés au Canada durant la guerre civile, Labib est très proche de ses grands-parents avec lesquels il discute souvent. Au cœur de leurs conversations revient, tel un leitmotiv, la question de l’adaptation du nouvel arrivant dans son pays d’accueil. Quelles traditions conserver et quelles autres laisser derrière soi ? Première et troisième génération ont chacune leur mot à dire.

Les angoisses de ma jeunesse – Tome I

« Les larmes ont rempli ses yeux lorsque, à réception du courrier adressé par le laboratoire à son ex-épouse, celui-ci mentionnait que le spermogramme réalisé ne comportait aucune trace.
C’était en 1967, un an après son mariage et alors que son ex-épouse ne présentait aucun signe de grossesse (…) »

Sur un fond évoquant les affres de l’indépendance de l’Algérie et leurs conséquences sur les familles pieds-noirs, le lecteur découvrira l’histoire de Jean. Torturé par sa stérilité, il cherche à en découvrir l’origine et s’interroge : l’un de ses parents est-il le responsable de son malheur. Mais son père ou sa mère sont-ils bien les coupables ?
Plongeant en lui-même, Jean explore son passé et ses turbulences d’enfant, en quête de sa vérité.

La main sur le corps

« Quand elles se sont vues la première fois, leurs regards ont fait des étincelles comme des lucioles dans la nuit et même des éclairs, des décharges électriques. Elles ne savent pas encore ce qui les attend, mais elles le pressentent : une amitié totale et réciproque, sans doute scandaleuse, un rejet des autres, une incompréhension de la famille, une singularité lourde à porter, un insupportable silence, une déchirure assurée et des souvenirs de cristal, de ceux qui se brisent net, irréparables. »

Deux adolescentes, fières et attachantes représentantes des sixties, éprouvent dès leur rencontre un attrait irrépressible l’une pour l’autre. Bravade, rejet dépité des garçons ou appel de la nature imprévisible ? Amitié, admiration, amour ambigu se mêlent dans les yeux, les mains et les cœurs de ces jeunes filles, elles qui cherchent leur place dans un monde qu’elles arpentent et affrontent de concert, et qui fait tout pour les séparer.
Devenues adultes, les deux anciennes amies se retrouvent par hasard, bouleversées, et évoquent leurs parcours si opposés. Elles s’interrogent sur leur passé, leur résilience, leurs blessures, la destinée…
À quel moment se sont-elles fourvoyées ? Question existentielle, lancinante et vaine, quasi métaphysique qui taraude plus ou moins consciemment les personnages puisque jamais on ne retourne en arrière.

Le Clos – La démesure

« Quand après de nombreuses péripéties, la propriété fut mise en vente pour une bouchée de pain, une grosse bouchée pour moi, je me suis porté acquéreur. Heureusement pour moi, l’un des nombreux rêveurs m’ayant précédé sur cette période avait transformé quatre des dortoirs en trois suites et six chambres, véritablement luxueuses, avant de s’enfuir, poursuivi par les huissiers qui lui aboyaient aux fesses.
Entre quelques travaux supplémentaires d’aménagement, les taxes foncières et le flair aiguisé des huissiers, je me répétais que je pourrais bien passer du « Clos » à la « Cabane ». »

Renaud Fréville acquiert le Clos, l’orphelinat où il a passé sa jeunesse, pour le transformer en luxueuses chambres d’hôtes. Le projet inquiète et contrarie son entourage, suscite les jalousies. Bousculés par l’urgence et la pression sociale, notre homme et Julie, sa femme, tentent de rendre leur avenir brillant quand, de nulle part, réapparaît Monica, l’amour d’enfance de Renaud. Est-ce le signe que, décidément, tout doit changer dans la vie de Renaud ?
Roman foisonnant, « Le Clos – La démesure » invite à suivre les péripéties qui troublent le bel ordonnancement d’une vie. L’auteur orchestre avec jubilation la salve d’évènements qui mettent à mal les certitudes de son quadragénaire de héros.

Le condamné

« Avec mon effondrement judiciaire, j’ai appris à hiérarchiser les coups durs. Ainsi, la perte de mon travail arrivait seulement en troisième position dans l’échelle de gravité de mes peines, derrière la prison et le divorce. Même le dégoût se banalise. J’accusais réception des mauvaises nouvelles, mais ma désocialisation me rendait insensible. »

Accusé du pire des crimes, reconnu coupable et condamné à la perpétuité incompressible, il purge sa peine, de longues années, avant d’être libéré en un coup de théâtre dont la société a le secret. Innocenté par la science mais encore à la marge, il fait ses premiers pas d’homme libre.
Alors qu’on lui parle de « malheureuse méprise », qu’on lui demande de ne pas faire de vagues, il rêve de voir l’effroi dans les yeux de ceux qui l’ont unanimement rejeté : épouse, parents, amis. Reprendre le cours d’une vie brisée, retrouver l’amour, le narrateur ouvre la porte d’un nouveau monde, celui de la résilience sans oubli.
Récit à la première personne, construit en courts chapitres incisifs, « Le condamné » met en exergue les valeurs humanistes que l’espace social ne possède plus, seules capables, peut-être, de sauver l’innocent de la folie.

Elle habitait à Sandwich

« Non, ceux qui sont partis n’ont pas de facto réussi.
Pourquoi tu ne nous as pas dit, ma belle société :
Que tes émigrés s’éprouvent dans leur propre déchirement et se trouvent parfois dans des conditions minables ?
Qu’ils goûtent tous les jours à la saveur de la séparation ?
Qu’ils ne sont pas en absolu des chanceux ?
Et que même s’ils se sont éloignés des risques qui les guettent à chaque instant, et que même s’ils croient avoir sauvé leur peau et celle de leurs enfants, ils ont parfois des cadavres dans leurs placards ?

Thérèse, Franco-Libanaise vivant à Sandwich, Midwest, a claqué la porte sans se retourner. À trente-sept ans, elle se questionne sur les raisons de son émigration et se demande si elle a fait les bons choix en suivant son mari aux États-Unis, dix ans auparavant. Cet exil, la fondation de sa famille et l’établissement de la réussite de son époux ont longtemps occupé son esprit… Aujourd’hui étreinte par une indicible nostalgie, elle remet tout en question, pour le meilleur ou pour le pire.

D’est en ouest

« L’année scolaire était achevée pour toute la famille. Les enfants étaient ravis à l’idée de pouvoir enfin se reposer après de longs mois d’école ! Mais les jours qui allaient suivre ne seraient pas de tout repos…
Les déménageurs vinrent donner le nécessaire pour préparer le déménagement  : cartons, papier bulle, scotch… Augustin et Élisabeth commencèrent avec joie cette activité qui, rapidement, deviendrait une habitude pendant deux mois au moins ! Marie-Agnès ne réalisait pas vraiment ce qui se passait autour d’elle. Elle avait la tête dans les nuages. »

Fin 2010. La jeune Marie-Agnès passe un Noël en famille qu’elle n’est pas près d’oublier : de bouleversement en bouleversement, elle accueille la naissance de son petit frère et la nouvelle d’un déménagement en Bretagne qui vont changer son existence. La vie d’étudiante, les amitiés, l’amour… les aventures de la vie quotidienne se succèdent sous les yeux ébahis de cette jeune femme qui n’a jamais fini d’apprendre.

La lettre à Véra

« En vérité, à la lecture de « Lettre à Véra » il m’est apparu que la remémoration par l’auteur de notre relation amoureuse ne constituait qu’un pré-texte, un point d’entrée spécifique dans son récit autobiographique sur ses vingt premières années ; le moment où notre histoire commune prend fin et où commence pour lui une renaissance. »

Comme tout apprentissage, la jeunesse est une aventure complexe. Celle d’Alexandre, enfant du Casablanca d’autrefois, n’échappe pas à la règle, ni aux enchevêtrements, ni aux empêtrements… Son premier amour avec Véra et sa scolarité à la dérive y figurent en bonne place. Malgré tout, Alexandre croit en lui, il est prêt à tout pour faire de ses échecs autant de défis à relever, pour se trouver lui-même et ainsi trouver l’autre.

Je n’existe pas

« Calysta laissa son regard traîner dans le vague et se laissa emporter par une méditation profonde :
Je veux simplement être celle que je suis et non quelqu’un d’autre.
Elle se mit debout et ouvrit grand les bras, à la Titanic. L’homme est le seul être qui peut voler sans que le vent le porte, grâce à son imagination. »

Calysta se demande où elle est, qui elle est. Elle se demande aussi si elle est le personnage d’un livre qu’elle n’a pas écrit. D’autres lui offrent des réponses sibyllines, la laissant se questionner, sur le fil entre fiction et réalité. Un écrivain dépressif, un héros de film d’espion se succèdent dans ces pages où la réflexion se mêle à l’absurde. Le lecteur se perdra, comme l’ont fait les personnages et même l’auteur. Où sommes-nous ? Et qui sommes-nous ?
El Mehdi Abdennassar dévoile après « La vie changera » (Editions du Panthéon, 2017) un nouveau roman, aux accents mystérieux. Sous sa plume, le réel frôle l’absurde ou n’est-ce pas plutôt l’inverse ?

Parcours numéro treize

« Après des luttes acharnées, les batailles, la guerre livrée et gagnée contre les vilains crabes, la guerrière intrépide, encore un peu écorchée par quelques griffures, ressentit une légère brise annonciatrice d’une nouvelle vague, porteuse de remous et d’intenses émotions. »

Aurora grandit au Portugal, sous la dictature de Salazar. Son milieu d’origine, la tradition, l’époque, tout la destine à devenir une épouse soumise. Mais, éternelle révoltée, Aurora entreprend de se libérer du joug. Elle, la petite dernière de la fratrie, la treizième, va se battre pour accomplir ses rêves. Émigrée à Paris pour offrir une existence meilleure à ses enfants, elle devra également livrer un impitoyable combat contre la maladie.

Ma dernière cavale avec le chien Marcel

« Malgré mes yeux fermés, une étrange sensation d’être observé, me gagna lentement. Je ne m’en étais guère préoccupé, pensant qu’il s’agissait d’un de ces rêves à demi éveillé, que parfois il nous arrive de faire. Cette présence, se faisait toujours plus insistante. J’ouvris donc un œil, puis rapidement le deuxième. Devant moi, un chien était assis. Je n’avais aucune crainte, mais plutôt l’envie de faire sa connaissance.
– Salut le chien, lui dis-je. »

Philippe Dubervil, fraîchement retraité, embarque dans un vieux side-car avec pour seul mot d’ordre : liberté ! Accompagné de Marcel, le chien qu’il recueille en cours de route, il entame un périple riche en rencontres et rebondissements. Un voyage en forme d’évasion qui fait battre le cœur et ouvrir tout grand les yeux.

La Pensée d’un fou

« J’ai compris qu’en moi, tous les maux sont et que par ce qui est le pire, je fus programmé pour leurs plans. Mais je ne suis qu’un enfant et j’enfante aussi, je ne suis qu’un père et en cela, je me perds aussi. Mais toi qui ne crois pas en moi, sache que je ne te calomnie pas, mais ce sera toujours là. »

La foi guide les pas du narrateur. Elle est sa lumière, son étincelle d’espoir dans un quotidien perclus d’angoisses et de cauchemars.
Persécuté par des démons, il se débat, appelle au secours, doute pour finalement mieux trouver le salut en son créateur.
Inclassable, sombre, déroutant, « La Pensée d’un fou » est un cheminement dans la noirceur, une plongée au creux de l’âme humaine.

La Souciance

« En arrivant au village, j’ai aussitôt ressenti que quelque chose se jouait du temps. Un « je-ne-sais-quoi » qui frissonnait à la surface du présent. Comme un air de commencement.
D’ordinaire, lorsqu’on se rend quelque part, la destination est connue. On sait où le chemin nous mènera. On sait où l’on va et, normalement, par où aller. Sans que l’ordre du monde, de son monde, n’en soit bouleversé. Ce fut différent, cette fois.
Tous les commencements sont porteurs d’infini… »

Un couple de voyageurs fait halte dans un village suspendu entre mer et montagne. Une étape de plus, somme toute ordinaire, lors d’un périple estival sans but précis. Mais ce qui aurait pu n’être qu’un simple instant de découverte heureuse au gré du vent révèle d’emblée une autre dimension, singulière, insolite. Cette fois, ici, les choses sont différentes… L’évidence du lieu, fragile, immédiate et surprenante, dessine alors pour le couple un futur inattendu. Un moment hors du temps, une réflexion profonde, une poésie intime induite par un pays propice à l’introspection et à la découverte de la « souciance ».

Péripéties d’une vie

« Je posai cette question non sans penser à mon état ; en fait, à mon retard social qui me conduit à voir le mariage, le fait de fonder un foyer et celui d’avoir des enfants comme des faits sociaux qui relèvent du luxe et qui jamais ne se trouveront à ma portée. »

Son extrait de naissance ayant été corrompu en sous-préfecture, le narrateur de ce récit ne peut passer son baccalauréat… mais il ne baisse pas les bras pour autant. Commence alors une longue bataille scolaire, de cours du soir en démarches estudiantines, pour surmonter les obstacles à la reconnaissance de son savoir et enfin, renaître officiellement aux yeux du monde.