Thème : Témoignages

La résistante

« C’est la première fois que nous passons Noël à l’hôpital.
Une sensation d’irréalité, de non-réel, d’impossible, s’empare de moi. Personne ne me téléphone, ne m’écrit, ne me rend visite. Je n’existe pas, mon fils n’existe pas depuis notre hospitalisation. »

Le personnage principal de ce récit lutte pour sauver son fils des griffes d’un père abusif, combat pour faire entendre sa voix contre le mur de services sociaux sourds à ses requêtes. Comment tout cela est-il arrivé ? Et comment réparer un être humain qui a subi autant de violences durant son enfance ?

Je m’appelle ANNA – Du Bénin au Havre, 50 ans de la vie d’une femme

« Je m’appelle Anna. C’est mon histoire à moi, née en 1963 à Djégbamé, petit village de près de cent cinquante habitants au Bénin. Djé en langue fon veut dire « sel ». Le Village est situé au bord de la lagune de Cotonou, dans le golfe de Guinée. Le sol est salé. Le village est composé de maisons en terre rouge, la latérite, aux toits de paille. »

Anna a quitté son village du Bénin à l’âge de 3 ans. D’abord au Gabon puis au Sénégal et enfin en France, son parcours l’a amenée d’Afrique au Havre. Anna est une « invisible », elle appartient à cette armée de personnes indispensables au bien-être des autres, mais que seule l’actualité met sur le devant de la scène.
Sa rencontre avec Alain Vassor et Matthieu Brasse et leurs échanges ont fait naître ce récit d’une vie étonnante. L’après FrançAfrique, la mondialisation, la vie dans les cités, l’acculturation : autant de sujets passionnants, et brûlants, qu’Anna aborde dans ce témoignage unique.

Le cœur plus fort que le crabe

« je suis hospitalisée, car le lendemain, je vais subir une très longue opération de plus de six heures ! Il y a en effet beaucoup de travail à faire, mon corps est un immense chantier, et le professeur A. est un excellent maître d’œuvre ou un magicien, je ne sais plus ! Au programme, une hystérectomie (enlèvement de l’utérus), réparation de la fis- tule, et reconstruction de mon uretère droit avec mise en place (pour de vrai) d’une sonde JJ. »

2020, Maryline Dona apprend qu’elle souffre d’un adénocarcinome, un cancer du col de l’utérus. Alors que la pandémie de Covid-19 s’emballe, elle lutte pour garder la tête hors de l’eau, préserver ses deux enfants et vivre, surtout vivre. Elle raconte également le paradoxe de cette période, qui fut à la fois la plus sombre et la plus extraordinaire. L’amour, celui avec un grand A, est venu alors frapper à sa porte, et décupler sa volonté d’en finir avec le mal.

Le fruit de l’arbre

« Ce temps-là ! Ne pouvant plus dire un mot ni parler, après tant de méditations, il fait couler les larmes sur son visage de sage, symbole de longévité, ce visage qui est désormais dans nos esprits, dans notre être, ce visage qui a pris une poche par le poids de l’âge ! Signe d’un long parcours de vie. »

Mêlant souvenirs, anecdotes et maximes, « Le fruit de l’arbre » scande l’attachement aux racines. Avec ferveur, l’auteur déroule tout un pan de son histoire familiale, là-bas, à Berberati, en République centrafricaine.

Hors norme

« Malgré les trente-six années écoulées depuis ce mercredi 7 novembre 1984 où il m’a bien fallu apprendre à accepter l’inacceptable, à vivre sans cette somptueuse présence, l’image de mon père ne m’a jamais quitté.
Elle m’apparaît notamment en récital, lorsque je ferme les yeux pour trouver le son idéal, lorsque je viens puiser au plus profond de moi l’indispensable énergie qui me permettra de me libérer de mes peurs… »

Hors norme… Deux parcours de vie, un père, un fils, un fil rouge qui les unit : vivre sans compromis ! Tous deux sont animés par la même soif d’humanité, d’amour et de liberté… L’auteur emmène son lecteur dans les méandres de leurs deux âmes en dévoilant une partie des écrits de cet homme charismatique qu’était son père. Se dévoile au fil des pages comment Marcel, ce petit garçon né en 1907 dans une famille éclatée, a forgé sa personnalité, ses convictions, ses valeurs, œuvrant concrètement pour la dignité humaine.
Ce père qui savait parler à la singularité de chaque être, a su voir en Jean-Marie un talent extraordinaire et une sensibilité exacerbée qui ne demandaient qu’à s’exprimer à travers la musique. C’est grâce à lui que Jean-Marie trouve sa voie. Pourtant, ce dernier nourrit secrètement une peur profonde. Cette peur le rongera des années durant jusqu’à l’effondrement et l’internement psychiatrique… puis la Résurrection.
Ces deux êtres ont connu la souffrance extrême et la captivité… l’un dans les Camps, l’autre au bord de la folie. En acceptant de regarder la Mort en face, ils ont trouvé la Vie et nous l’ont offerte.

Une vie sans histoire

« La maison était pleine d’enfants de tout âge. Nous avons vite compris que nous y resterions et que nous n’étions pas ici pour passer les vacances, même si on nous avait dit le contraire, comme ce fut à chaque fois le cas lorsque nous nous faisions déplacer de famille en famille. »

D’une enfance émouvante passée sur le continent africain à une adolescence et une vie d’adulte turbulentes sur le sol européen, les pierres d’achoppement étaient multiples pour l’auteur de ce récit. Il relate ces trente années où il a rencontré le meilleur et le plus triste, et décidé que tolérance et respect seraient au cœur de son éthique personnelle.

Anne recherche Colette

« Je n’ai pas de courage. Je ne pousse pas à bout mon entourage pour savoir jusqu’où il m’aime. J’ai trop besoin de leur amour. Je suis Anne, fille liane. J’entoure, j’enserre. Je m’étends, je me fau- file, je m’enroule, je m’accroche. À leurs bras, à leurs jambes, à leurs cous. Tout est prétexte. »

Bébé, Colette est adoptée et devient Anne. Un jour, elle cherche à assembler les pièces du puzzle de ses racines. Quête de ses origines, mais également quête de soi. Elle s’exprime tantôt avec la voix d’Anne, tantôt avec celle de Colette. Pour retrouver cette petite fille dont l’état civil lui a échappé des années auparavant. Pour faciliter la réconciliation de ses identités familiales. Au commencement de son périple sur le chemin de son histoire, elle est loin d’imaginer ce qui l’attend…

Merveilleux

« Faisons ce qui est à la portée de tout un chacun : vivre ensemble avec des rêves. Ces rêves qui sont facteurs d’évolution de notre condition. Ce sont parfois des rencontres, des situations, qui nous permettent de réaliser nos rêves et ainsi d’évoluer et de changer de rang social. »

Se jouant de la frontière entre le réel et l’imaginaire, l’auteur retrace à grands traits son parcours. Il s’appuie également sur ses rêves et ses prémonitions pour décrire notre environnement en pleine mutation et dire ses espoirs.

Les élagueurs

« Et subitement tout a changé, le ciel nous est tombé sur la tête, faut le voir pour le croire, c’est presque la nuit, les réverbères se sont allumés, éclairant le sol devenu tout blanc. Un fracas ouaté me donne l’impression d’avoir encore mon casque antibruit sur les oreilles, alors que je ne l’ai plus. J’ai deux centimètres de neige sur mes vêtements, ma longe et ma corde ont gelé. Il neige de gros flocons bien gras, il neige comme pour rendre cette jour- née encore plus ardue »

Une tempête d’hiver et des arbres s’abattent. Un groupe d’élagueurs doit intervenir en urgence pour ramasser les géants tombés au sol ou sur des bâtiments. Un défi que sont prêts à relever ces hommes, malgré l’épuisement et le danger. Dans cette journée à ciel ouvert, chacun ira au-devant de sa vérité, quitte à frôler la chute.

En cavale grâce au juge

« À partir de janvier 2011, je vais pouvoir aller voir mon mari très souvent au Maroc, et c’est ainsi que commence pour moi une belle aventure, une aventure qui va durer trois ans, trois ans d’une cavale au cours de laquelle je vais découvrir un pays magnifique avec des paysages époustouflants. Je vais aller à la rencontre du peuple marocain qui est le peuple le plus généreux et le plus hospitalier de la terre. »

Lorsque son époux est mis en examen, France Colle-Caugy voit son monde s’écrouler. Garde à vue, détention provisoire et convocations se succèdent jusqu’à ce que le juge d’instruction accorde une autorisation de sortie du territoire de 3 jours pour raisons professionnelles.
Faute d’accord judiciaire entre le Maroc et la France, le séjour durera en réalité 3 années. Une parenthèse dans le royaume chérifien que l’auteure relate avec toute l’immense tendresse qu’elle porte à son pays de cœur.

Pas comme les autres

« J’ai le souvenir que je me levais toujours avant les autres pour commencer par manger « mon petit déjeuner en mode contrôlé », puis je continuais avec eux, au fur et à mesure que les membres de la famille se levaient. Et là, je mangeais comme eux : gâteaux et tout ce que je ne mangeais pas lorsque j’étais seule. Le petit déjeuner pouvait alors durer presque deux heures. Je mangeais très doucement, donc je n’avais pas trop de lourdeurs dans l’estomac. »

À l’adolescence, la confrontation au regard des autres peut se révéler dévastatrice. Ce récit en est le témoignage, celui d’un quotidien vicié par une colocataire envahissante : l’Anorexie. Lorsqu’être mal dans sa peau devient synonyme de vouloir se faire la peau, alors il faut s’accrocher à toutes les planches de salut. Ou au moins, accepter de ne pas être la personne parfaite, la collègue impeccable, l’amoureuse fantasmée.

Il y a quelqu’un qui t’aime en France

« Après six mois d’attente, il annonce enfin son retour à Corato pour quelques jours et lui promet une rencontre. En même temps, il a écrit à la signora Di Carolis pour la prévenir de sa visite et lui demander l’autorisation de voir Nicolete, en l’assurant de l’honnêteté de sa démarche. Les retrouvailles ont lieu dans le salon de la villa, en présence de la signora dans le rôle de la duègne, qu’elle n’apprécie guère, mais qu’elle se doit d’interpréter pour le respect des convenances. Intimidés et quelque peu déçus de ne pouvoir se retrouver seuls, les deux tourtereaux se limitent aux banalités d’usage exprimées en phrases polies. »

1916, l’Italie est en guerre. À Corato, province des Pouilles, Domenico vient au monde, alors que son père meurt sur le front du Trentin. Trois ans après, sa mère succombe à la pandémie de grippe espagnole. Recueilli par son oncle, l’orphelin grandit dans un monde d’agitation politique menant les fascistes au pouvoir. À l’aube de la seconde guerre mondiale, Domenico épouse Nicolete, vendue à huit ans à une famille aristocratique pour s’occuper d’une fillette handicapée. Lui, bientôt père, veut connaître son enfant et refuse la mobilisation. Arrêté, il échappe in extremis à la mort, grâce à l’aide providentielle des Résistants. La paix revenue, mais la misère persistant, il choisit de s’expatrier. Une tireuse de cartes avait prédit à Nicolete un départ pour la France…Témoignage d’une époque qui a vu le sol italien dévasté par la pauvreté, les conflits et l’exil de ses fils, « Il y a quelqu’un qui t’aime en France » évoque l’intimité des gens du peuple à travers deux destins singuliers.

Les moutons à deux pattes

« La maman reçoit une lettre de l’Assistance publique qui annonce que je vais être déplacée, c’est la catastrophe. Je ne crois pas qu’elle puisse s’y opposer. Pour l’Assistance publique, je ne suis qu’un pion. Pourtant je suis bien inté- grée dans le village et cette ferme, ce coin de campagne, j’en connais chaque recoin, chaque caillou sur le chemin, chaque buisson, chaque arbre. J’adore les arbres. Je crois aussi que la maman m’aime. »

Placée très jeune en famille d’accueil, Mireille Cotte a longtemps tout ignoré de ses racines. Aujourd’hui, à 85 ans, elle raconte son enfance marquée par les séparations, les silences et les petits miracles qui permettent de tenir jour après jour.
Elle, qui a grandi avec le sentiment d’être exclue de la société, a fait son chemin jusqu’à fonder sa propre famille.

Elle

« La psychologue est venue, elle avait de grands yeux bleus très doux, une voix posée, elle restait à distance, assise au fond de la chambre. Ça m’allait bien, moi, je pouvais m’appuyer dos au mur, genoux sous le menton. J’ai beaucoup pleuré, peu parlé, je n’y arrivais pas, les mots ne correspondaient à rien, ne voulaient rien dire, n’étaient pas assez forts, assez justes, alors je pleurais.
« Ça va aller, on se revoit demain. » »

Elle, de son pronom-prénom, reste souvent là, à regarder le fleuve couler. Recroquevillée sur elle-même contre ce petit muret. Elle essaie de laisser partir ses souvenirs tenaces dans le courant, mais ils s’accrochent. Ce ne sont pourtant que des souvenirs, car aujourd’hui elle est entourée. Elle a trouvé ses pairs, est rassurée… Un bel hommage à la différence, à l’amitié et aux autres visions de l’existence.

Des deux côtés de la frontière

« J’ai quitté l’Allemagne, un matin, très tôt. Je me suis retourné une dernière fois sur les murs de ce camp où je venais de passer ces deux dernières années, ces murs qui m’avaient évité un sort plus funeste que celui de travailleur forcé. J’emportais ce passé, plein d’espoir en l’avenir. J’ai repris mon chemin pour retrouver ma famille, du côté français. »

8 mai 1945, l’Armistice, mais pas la fin de toutes les hostilités. Il demeure des rancœurs bien ancrées dans les mentalités de l’après-guerre. Dans les décombres, la haine des Boches et la fatalité vont indéniablement séparer une famille. Le non-dit durera 70 ans.
Ce récit s’inspire de faits réels, de ceux qui traversent en sourdine les générations pour rejaillir avec fracas des décennies plus tard. Il y est question d’un petit garçon né en Allemagne, d’un père revenu du STO et à qui on a intimé l’ordre de garder le silence sur cet enfant.

Deux vies parallèles reliées par le sang

« Car lors de la naissance, il y a toujours une personne qui dit : « Oh ! Il a tes yeux, il a ton nez. » Ça pouvait paraître anodin pour les gens, mais pour moi, ça me rappelait que je ne ressemblais pas à Yvette, ma mère adoptive (elle est blonde aux yeux verts alors que je suis brune aux yeux marron). »

C’est le récit poignant d’une jeune femme adoptée et de sa quête pour retrouver ses parents biologiques. Elle évoque avec sincérité les obstacles et les doutes auxquels elle doit faire face. Parce qu’aller à la rencontre de ses géniteurs, jeter un pont entre deux existences qui ont longtemps avancé sans se croiser, c’est bouleverser toutes ses certitudes et ses ancrages.

Les dérives du système de la protection de l’enfance

« Mon histoire n’a pas pour objectif de faire pleurer dans les chaumières, mais d’alerter les députés, les sénateurs, le président, les ministres, que notre système va mal. J’ai écrit à de nombreuses personnes influentes : ministre de la Justice, IGAS, médiateur de la République, secrétaire d’État et Première dame de la République. »

La tragédie vécue par une mère et qui pourrait être celle de tant d’autres parents. C’est ce que raconte l’auteure, elle dont la fille a été placée en foyer éducatif il y a plusieurs mois. Un placement décidé de manière expéditive sur la base de rapports orientés et infondés alors que la loi prévoit des alternatives.
Cette maman raconte son combat pour retrouver son enfant. Elle souligne, preuves à l’appui, l’acharnement des services sociaux et la partialité de certains professionnels, juges, pédopsychiatres.

Pute et soumise

« Alors je me suis mise à lui expliquer la loi du trottoir, moi on me respectait déjà, car j’étais devenue une dure, à force. Nous avons travaillé ensemble, parlons en ce terme, travail. »

Lorsque ses parents se séparent, violemment, la vie d’une jeune fille bascule. Elle grandit sous les coups et les brimades avant d’être mise à la porte de son domicile, à sa majorité. Commence alors l’enfer de la rue, cette fois sous l’emprise d’un proxénète.
Comment dire l’impensable, la honte et la peur et retrouver le respect de soi-même ? C’est un long chemin à parcourir, de l’ombre vers la lumière, du regard des autres à l’amour de soi.

Pour une autre humanité

L’état psychique dans lequel inconsciemment je me trouvais avait dû contaminer mes interlocuteurs, car nous sommes restés à en débattre jusqu’à une heure avancée de la nuit, et plus le temps passait, plus j’étais envahi par une excitation cérébrale extraordinaire qui, trois jours durant, ne m’a pas quitté, m’empêchant de dormir sans pour autant que j’en ressente de la fatigue. J’ai vécu cette nuit-là, dans l’ambiance d’une aube nouvelle pour le monde ou pour l’humanité, quelque chose qui n’était jamais arrivé. Quoi ? Je n’en savais encore rien. »

Avoir, être, aimer et faire, les quatre verbes qui, selon l’auteur, peuvent résumer les points cardinaux de la vie humaine. Il nous incite pourtant à les dépasser, à les sublimer en quête de l’essentiel : retrouver une harmonie entre les êtres et leur environnement.

La Banalisation du mal

« Tout Kigali était en proie à des massacres.
Pourtant, il devait y avoir un ou deux réticents. Quelqu’un m’expliqua un jour que chaque récalcitrant était pris à part et qu’en partageant une bouteille de Primus, on leur expliquait l’importance et la nécessité des opérations. La façon de gérer un réticent, m’a-t-on dit, était de fournir plus de bière, de sélectionner un Tutsi et de lui ordonner de le tuer. En général, m’a dit mon informateur, cela faisait l’affaire. Et s’il y avait un insoumis qui refusait encore ? Celui qui se tenait systématiquement sur le côté lorsque les meurtres avaient lieu ? Une telle personne, m’a-t-on expliqué, était dangereuse pour la cohésion du groupe et devait servir d’exemple. »

Concentré sur des histoires individuelles, le récit de Charles Petrie rappelle combien la terreur peut être rapidement déclenchée. Lorsque le libre arbitre de quelques-uns cède, alors la bête immonde fait son entrée dévastatrice.